Et pendant ce temps-là

Publié le par la freniere

Écrire répond. Son acte 
comme une ouverture de vie 
alors qu’on ne sait.  
À vau-l’eau nous échappent 
les raisons les plus naturelles.  
 
La fameuse pluie verte de printemps 
vient de me chasser de mon poste de guet 
où je n’observe guère plus que des jonquilles 
pendant que les liquidateurs 
s’empressent à la tâche.  
 
Hors l’histoire l’impartiale éclosion des bourgeons 
accomplit sa nécessité.  
La branche ou le rameau s’étendent 
jusqu’à la main qui décidera de les rompre. 
Les pensées se succèdent, tentent une rime 
par obsession.  
 
J’ai perdu la gaîté du printemps dernier.
Les fruits, les désirs ne pousseront 
qu’environnés de déchets invisibles. 
La mort si précise qui marche à notre pas  
redoublera d’inconnu. 
Elle aussi perdra son nom simple. 
 
• 
 
Les mots ont changé de signe. 
Reprenez par l’autre bout. 
Et les devoirs d’avant-garde 
font le bruit de l’eau grouillant dans les gouttières.  
 
Ce qui a lieu d’être 
demande révision. 
On pourrait en rire 
en continuant de manier les avirons 
sur la Came* à l’ombre des études grecques. 
Eschyle le contemporain 
n’a jamais été aussi vivant que ce matin. 
C’est le monde qui beaucoup vieillit, périclite 
pour avoir trop voulu rajeunir ses armes.  
 
Je reprends quelques mots usités autrefois. 
Je cherche à les reconnaître 
appliqués aux démarches courantes.  
Ma bouche les prononce avec hésitation, 
une espèce de bégaiement rituel 
où résonne pour des organes inconnus 
une vérité millénaire.  
 
• 
 
Les oiseaux – errant phénomène musicien – 
irritent, autant que les fleurs 
les courtiers en nouveautés lyriques. 
 
Avec l’instinct commandé pour tous 
sans art 
l’écolier dessine 
le V de leurs ailes par dizaines.  
Quant à ces vies qui l’effleurent 
elles ne sont que les figures du décor 
alimentant la colonne espèces, genres et sous-genres 
d’une encyclopédie aviaire.  
 
Chut !  
La présence d’un peu de rouge-gorge 
me regarde et bientôt signifie. 
Quoi ? Je passe des heures 
à ne pas le savoir, à le deviner quand il s’envole 
puis revient 
posé sur fond de feuillage sur ses deux pattes.  
fines, droites et fières.  
 
À chacun sa façon animale 
son endurance et sa fugacité.  
Le vol se poursuit, entoure un arbre 
produit une formule 
irréductible aux mouvements connus. 
Ne parlons par des hirondelles asymptotes à la courbe 
de l’horizon,  
ni de l’alouette qui grisolle invisible 
ni de la grive sur son fil attendant la réponse d’une autre. 
 
Oiseaux contenant toutes les voyelles. 
Ils ont de quoi chanter avec elles.  
 
 
Jean-Luc Steinmetz
 
*rivière à Cambridge 
 

Publié dans Poésie du monde

Commenter cet article