Gaston Criel

Publié le par la freniere

1913-1990
Il reçoit une éducation laïque et travaille comme employé de bureau, vendeur, représentant et étalagiste. Il devient secrétaire à la section de littérature contemporaine de l’exposition du Progrès Social 1939. Il fonde le cercle « Pour la poésie » en 1939. Il est fait prisonnier de 1940 à 1946, mais poursuit ses activités littéraires et culturelles et fréquente les cafés de Saint-Germain ...
Eluard le présente à Jean Paulhan qui le recommande à André Gide dont il devient le secrétaire. Fait partie de la grande vague des existentialistes et des autres : Tzara, Bryen, Zadkine...
Il collabore à de nombreuses revues européennes et devient attaché culturel à Radio-Tunis.
A l’indépendance de la Tunisie, il rentre en France. Il est par la suite secrétaire de rédaction à la revue Les vivants, metteur en page, journaliste à Carrefour et au Parisien Libéré, publicitaire, mais aussi vendeur en textile, marchand de caravanes, vendeur de disques, employé de bureau, laveur de carreaux, portier de boîte de nuit, barman tout en menant en parallèle une carrière d’écrivain. Il décède en 1990.

 

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En lisant l’excellente biographie de Serge Sanchez sur François Augiéras (François Augiéras, Le dernier primitif, Éditions Grasset, 2006), j’ai de nouveau rencontré le nom de Gaston Criel. Et cela a soufflé sur moi, comme ce vent d’enfance parfumé de goémon alors que la mer se déroule au-delà des sens.

Gaston Criel, secrétaire d’André Gide et locataire de Jean-Paul Sartre (moyennant un paquet de Gauloises), assistant de Jean Cocteau sur le tournage de la Belle et la Bête, fut celui qui négocia auprès de Jérôme Lindon la publication du Vieillard et l’Enfant aux Éditions de Minuit.

Ce poète et romancier du Paris rebelle et artiste (tautologie, n’est-ce pas ?)  connaissait le meilleur des mondes, celui qui s’insurge en fête sans jamais se lasser de remettre l’utopie sur le tapis. Autre temps, dirait-on.

Il faillit obtenir le Prix Goncourt pour La Grande Foutaise (un titre qui en dit long sur la cosmogonie de Gaston)  et reçut, ce qui est beaucoup mieux, les louanges bien sincères d’Henry Miller, spécialiste en littérature égale de la vie.

Gaston Criel est l’auteur d’une œuvre importante (qu’il conviendra un jour de rendre à son public) et d’un livre époustouflant : Swing. Samuel Tastet qui fut son ami s’est toujours démené pour faire tinter le nom de Criel (cri et ciel) aux oreilles de ceux qui aiment vraiment la littérature. Pour la troisième fois, il publie Swing (avec préface de Jean Cocteau et témoignage de Charles Delaunay) par amitié et conviction.

Ce livre est en effet une quintessence de haute écriture et, son nom l’indique, l’une des meilleures introductions au jazz.

J’eus le bonheur de connaître et de fréquenter Gaston Criel qui partageait des plages d’oisiveté avec Duke Ellington, Charlie Parker, Earl Hines et Mezz Mezzrow sans que l’auteur de Sexaga et de L’Os quotidien ne me fasse sentir comme un décalage d’envergure. Il était demeuré un enfant sans ego, puissamment vivant, joyeusement négligent devant la question du succès qui vient, ne vient pas, tant mieux, tant pis. Admirable Gaston. Celui qui avait été, je l’ai dit, l’ami de Sartre et de Cocteau, me demandait mon avis sur les textes qu’il venait d’écrire. Histoire de bœufs tirés par la charrue.

Alors que je collaborais à Libération et que Samuel Tastet faisait paraître, une première fois, son hymne au jazz salué par Francis Picabia, Boris Vian, Frank Ténot…, j’écrivis un éloge de Swing rehaussé de son portrait en aigle bienveillant. Nous étions en juin 1982 et Gaston m’invita sur une terrasse de l’Avenue Foch pour me remercier de mon travail.

Nous bûmes et déconnâmes en évoquant Pink Floyd, Frank Zappa et les Stones dont il était un auditeur intense. Voici un événement dont je me rappelle sans une tache d’ombre.

Car c’est ainsi que la littérature m’a toujours parlé.

Ceux qui écrivent en excellence sont excellents.

Autrement dit, joyeux et bons.

Tel était Gaston.

Tel est Swing. Livre et dancefloor tout à la fois.

 

Guy Darol

 

 

PETITE BIBLIOGRAPHIE DE GASTON CRIEL

 

Poésie

 

Etincelles, Denoël

Perspectives, Debresse

Gris, La Hune

Blues, La Tour de Feu

Poèmes manifestes - Frontispice de Braque, Au Plomb qui fond

Amours, La Hune

K.G., Seghers

Règlements d'infanterie, Périples

Hygiène, La Presse à bras

Popoème, Millas-Martin

Le poète et ses poèmes - Frontispice d'Oscar Dominguez, Jacques Brémond

Où va le nuage, et autres, Plis

A tout va, Polder

Quatre Poèmes, Dada

La fausse quête, Jacques Brémond

 

Romans

 

La Grande foutaise, Fasquelle puis Plasma

Sexaga, Plasma

Phantasma, Plasma

Circus, Vrac puis EST

L'Os quotidien, EST

Jojo Odyssée, inédit

 

Essais

 

Swing, préface de Jean Cocteau, Editions Universitaires de France puis Vrac, puis EST

Lapidation de la ville, Fagne

 

 

Ils étaient assis au bord du silence

commentant lourdement

le manteau des journées.

 

Les roses ne poussent pas sans épine

l’amour sans le chagrin.

Pourquoi ces souvenirs

d’une vie trépassée.

 

Dans le petit jardin

dans la serre aux cactus

ou dans la roseraie

rien

ne viendrait sourire

à la vie délaissée.

 

Ils s’éloignèrent

de la jeunesse morte

laissant seule une ombre

qui pleurait ses vingt ans.

 

 

 

 

Penché sur la plage du sommeil

le pécheur cherche les algues

du sommeil endormi.

Le flux des jalousies éteintes

réveille le dormeur des marées de printemps

aux longs cris qui sillonnent le temps.

Les soupirs exhalés du noyé anonyme

achèvent d’expirer dans le port du cimetière marin.

 

 

 

 

 

Brisant les cris perçants d’enfants qu’on étrangle, de longs coups sourds ébranlent la porte de la mansarde cernée de vent.

 

 

La tête couverte de sang, un homme demande asile. La femme l’a balafré à coups de couteau. La lame giclant dans la nuit apparaît, rapide : « Il faut abattre, dit l’homme ».

 

 

On lance une chaise à travers l’escalier.

 

 

Le couteau tournoie et vient se planter dans le pied de l’homme qui hurle avec les enfants, avec le vent qui cerne la mansarde, avec le chien qui mange la mort.

 

 

Sur notre passerelle, à l'incidence du rêve et de l'agitation des hommes, nous voyons avec satisfaction brûler les sépulcres blanchis et nous ornons notre hune de cette trilogie :

Le jazz-hot, c'est la vie, la vie quotidienne avec ses joies et ses blues, ses espoirs et son spleen. C'est le royaume du rêve d'ici-bas (physique).

La musique classique, c'est la vie de la conscience supra-terrestre; c'est le royaume d'un rêve d'au-delà (métaphysique).

La musique militaire, c'est le chant du boucher, l'hymne du marchand de canon, l'espoir de la bête, du capital, de la régression, de la barbarie.

Nous avons mis un univers en place. Nous avons abandonné le vieux principe d'Archimède. Savoir : la montée  d'un homme est directement proportionnelle à une poussée de bas en haut égale au poids du volume de piston déplacé. Il n'y a plus, taxés de trop heureux, de ces adolescents tristes à force de recherche d'idéal introuvable dans une société où le nec le plus utlra est un gueuleton, une automobile ou une paire de candélabres en faux bronze.

Ma trompette ne retient plus d'appels de mort, mais d'hymnes à la vie. Le chômage n'est plus résorbé par les levées guerrières. Le module est trouvé dans un rythme instinctif. Nous avons brisé les poncifs et les pontifes, les faux génies et les fausses respectabilités. Nous sommes allés à la dangereuse école de l'irrespect pour mieux posséder en nous l'immaculée valeur de l'HOMME.

Notre enthousiasme, notre déférence ne se résume pas à l'aulne des rubans. Notre plénitude, si elle est intellectuelle, n'est pas moins auditive, visuelle, olfactive, tactile, charnelle, équilibrant par toutes ses forces la puissance affective et vitale de l'homme.

Nous savons goûter le sel de la terre, humer et saluer l'océan, jouir d'un sous-bois, et d'une mélancolie. Nous embrassons la vie dans tous ses parfums et en un éblouissant scintillement métaphorique nous chantons la vibration brûlante de nos pays intérieurs.

 

Gaston Criel

 

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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G
<br /> la voix de Gaston : http://youtu.be/dn2XzIUcAyE, en toute cordialité.<br /> <br /> <br /> Guy F.<br />