Il y a des vies en moi qui ont plus d'importance

Publié le par la freniere

Même si des vents emportent mes rêves à l'autre bout du monde
    il y a des vies en moi qui n'ont plus d'importance
    je ne sais où étaient leurs soleils et leurs nuits

    Pas mal de vie en moi ont été vécu par d'autres
    que j'ai connus, de loin
    comme des passagers pressés d'un voyage incertain

    Souvent absent des lieux où il aurait fallu être
    loin des gens avec qui j'aurais pu regarder naître l'aurore
   
    Toujours des vies appartenant à des passants pressés
    que je n'ai su connaître
    lorsqu'aux branches du jour se suspendaient les rayons de lumière

    J'ai traversé le temps sans en faire une histoire et vu de longs chemins s'effacer
    ce qui me reste est si peu
    que je ne peux l'oublier

    Chaque vie est comme un oignon
    quand on a fini de l'éplucher, on est en larmes

 

Paul Mari

 

Voir l’article sur danger poésie

Publié dans Poésie du monde

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A
<br /> Cher Jean-Marc, Publier des poètes tourne parfois au cauchemar tant l'impression de favoriser un auteur au dépend de tous ceux qui mériteraient d'être publiés domine. Les coups de coeur ne<br /> servent en rien à justifier nos cas de conscience, puisque l'oeuvre finit par devenir plus importante que tels ou tels poèmes isolés. Je reste attentif à ton site depuis que j'en ai pris<br /> connaissance parce que tu te tiens à la pointe de ce que la poésie projecte de pensées et d'images turbulentes dans nos sociétés assoupies par d'immondes facilités de croire ou de juger. Tu<br /> prends le poul, pour ainsi dire, du milieu ambiant ou des poètes se fondent dans l'éclatement des luttes. Tes textes, remous puissants de poèmes dans un océan épais en pleine fermentation,<br /> ouvrent des regards inconditionnés, aptes à des métamorphoses enivrantes chargées de traditions éperdues. Le coeur sur la main, comme disait Robert Desnos. Comme toi sans doute, je reçois des<br /> poèmes ou des recueils de partout. Bons ou mauvais, ceci est une autre histoire. Je les lis et rares sont ceux que je pubiie parce que je ne me considère pas comme un éditeur, et aussi ce qui me<br /> cloue sur le "contre-ciel" de la poésie n'arrive qu'exceptionnellement. Autant un poème peut être instantané autant l'oeuvre dévore l'éternité d'une existence. Et c'est là que je voulais en<br /> venir, pour te remercier d'avoir "sélectionner" (quel vilain mot !) Paul Mari qui a derrière lui une vie tragique de poésie, toute d'errance et de refus. Durant plus de trente années, il a fait<br /> semblant d'être un autre, homme parmi les hommes, pour conjurer le temps de l'écriture, pour se prouver, peut-être, qu'il pouvait oublier d'être différent du troupeau nourri au salaire de la peur<br /> et mangé à la sauce sysyphe. Je l'ai rencontré en 2004, dans un bar à poèmes que je fréquentais. Sans aucun doute, je sus immédiatemenr que les poèmes qu'il disait (généralement deux au cours de<br /> la soirée) possédaient une texture chargée d'expérience et d'échappée visionnaire qui ne s'entendent que très rarement. J'ai été me présenter à lui et depuis nous sommes restés très proche. Nous<br /> nous sommes racontés intimement, nous nous sommes aussi parfois querellés. Il y avait en lui quelque chose de légendaire. Il avait encouragé dès son plus jeune âge par Seghers, Oswald, Bachelard,<br /> Jean Malrieu.... Il n'en tirait aucune fierté. Il était le dernier dépositire et témoin d'une culture locale exceptionnelle ( Coarraze dans les Alpes-Maritimes ). Il incarnait la poésie dans ce<br /> qu'elle a de plus humain, qualités et défauts confondus. A l'époque, il était encore très valide pour son âge. Aujourd'hui il vit au ralenti après plusieurs séjours à l'hôpital et dans des<br /> maisons de repos. Cependant, il résiste et vit seul dans son petit appartement à Nice. Je vais souvent le prendre chez lui pour que nous passions une soirée dans le bar à poèmes (chez Manu, rue<br /> d'Angleterre à Nice). Je le surnomme "trompe-la mort", parce que chaque fois que tout semble sans plus aucun espoir, il renaît avec un teint de jeune fille, le capeu (chapeau en nissard) noir de<br /> son grand-père bien vissé sur le crâne. Voilà, c'était ma façon de te remercier en son nom. Très amicalement,  André<br />