Ils ont dit

Publié le par la freniere

Il n’est malheureusement plus possible de savoir ce que lisent les gens munis de liseuses numériques dans les espaces publics, me fait remarquer un ami. En effet, et j’ajoute que là encore une fenêtre se ferme et que le volet nous claque au nez. Car une couverture entraperçue renvoyait quelquefois le passant à son expérience du livre – surgissement soudain d’une réminiscence proustienne – émouvant partage à contretemps – et lui offrait accessoirement un bon prétexte pour aborder la fille : étreintes et embrassements s’ensuivaient. Puis la joyeuse marmaille, les grandes tablées. Le lecteur qui tient sa tablette devant lui a désormais un dos derrière, un dos devant.

 

On dirait une palourde.

 

La lecture était déjà une expérience intérieure mais, simultanément, le livre adressait un signe à l’extérieur. C’est fini. Vu de dehors, Gérard de Nerval ou Gérard de Villiers, même chose.

 

Éric Chevillard

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