Ils ont dit

Publié le par la freniere

Ceci dit, la poésie n’est pas que lutte désespérée avec le quotidien, ses mensonges et ses appauvrissements, ses afflictions et la tournure que ça a pris ; elle est aussi hommage, exaltation des manifestations infimes de la vie, de l’intimité vulnérable et de brins de submersions amoureuses – et tentative agile de faire toucher cette intimité à l’universel. Exaltation d’amitiés artistiques aussi, et toujours et encore adresse afin de regarder à travers les fissures de la chape de plomb (fissures qu’elle crée), pour voir et donner à voir et donner à entendre les infinies charges émotionnelles possibles face aux plus menus, aux plus délicats miracles de la vie. Et c’est par là où elle peut remplir une de ses fonctions les plus hautement importantes, l’invention puis l’intervention de nouveaux sentiments, et sentiments nouveaux qu’elle seule est apte à proposer à autrui. Et c’est sans doute sa fonction la plus gracieuse et la plus subversive à la fois. La place qui lui appartient avec le plus de virulence se trouverait donc au lieu d’échange entre l’expression vécue du sensuel le plus nuancé et la position insoumise dans les spasmes maladifs du monde contemporain. Ce lieu est un mouvement perpétuel. S’il est donc question d’un mouvement de va-et-vient entre les émotions personnelles et la place publique, entre l’intime et le vaste du monde, des mondes, il est forcément question de mouvement de vie, précieux, extrêmement précieux mouvement de vie. Mouvement éphémère après mouvement éphémère, et donc mouvement éternel après mouvement éternel. Car où réside l’éternité si ce n’est dans l’instant vécu ? Qui dit mouvement, ou peut-être errance, dit action, action génératrice de souffle. Souffle vital, essentiel dans le vaste des mondes, dans l’ère de Fukushima, en temps de guerre.

 

Tom Nisse

 

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