Ils ont dit

Publié le par la freniere

Il y a peu de temps encore, l’écrivain subversif prenait d’assaut le château Littérature pour en faire bouger les vieilles pierres, pour en chasser le bourgeois pansu qui l’avait confisqué, pour ébranler sa majesté prétentieuse et laisser entrer l’air frais et le soleil dans ses couloirs. Aujourd’hui, c’est une ruine désolante. On aurait plutôt le réflexe de tendre une bâche sur son toit pour protéger des pluies dévastatrices les derniers parquets intacts.

 

Car l’écrivain ne peut plus être absolument moderne sans se déclarer lui-même obsolète. Il ne peut davantage abandonner la langue des classiques aux idéologues et aux tribuns d’extrême-droite qui la parlent encore, mais la trempent dans leur venin et la font méchamment fourcher.

 

 Il ne peut admettre que les mots perdent leur honneur avec leur sens ni que la littérature soit définitivement engloutie dans ce trou de mémoire qui siphonne inexorablement tout ce que l’homme a créé ni laisser sans réagir la souris Alzheimer dévorer la bibliothèque en commençant par la Grammaire et le Lexique.

 

Éric Chevillard

 

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