Ils ont dit

Publié le par la freniere

Partout le chaos traîne ses dents longues. La propension d'egos surchauffés installe ses tentacules. Ils savent : tenir un crayon, un pinceau, trois notes, un burin, et les voilà courant, sautant, harcelant, regardez-moi, je suis. La virtualité ajoute à la débâcle et si un éditeur se prend au jeu et couronne l'absurde, la ferraille brinquebalante joue les bolides dans sa peau de grenouille. Ils téléphonent : Dieu, place mon manuscrit, j'écris tu sais, j'écris… Les papiers toilettes aussi sont écrits, les sentences, les papiers peints, les annuaires… Peu leur importe leur place, celle d'autrui, le travail de création lent et seul. Ils veulent le haut du rien, la dégoulinure fluorescente. Pas le temps de penser, respecter, réfléchir, regarder. Ni de sentir le caillou dans la chaussure, la faim de l'autre, l'odeur du matin remonté chaque jour. Des coudes aigus agitent des moignons voraces, assis à la table des autres ils consomment sans états d'âme. Plus de solitude, de distance, de recul mais la grimace de rencontres abusives, escroqueries banalisées que les esprits ineptes du moment normalisent.

 

Ile Eniger

Publié dans Ils ont dit

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