J'ai honte

Publié le par la freniere

J’ai honte. La démocratie québécoise se transforme en dictature. On matraque les jeunes qui se tiennent debout. On les bâillonne. On les bastonne. On tire dans la foule. Et, selon les sondages, la majorité des citoyens applaudit. Peuple servile et mou, on se contente du temps, des fausses nouvelles et des téléréalités. On croit même la police et les politiciens. On tue le rêve dans l’œuf, préférant la Poule aux œufs d’or et la Roue de fortune.

 

L’esprit des lois est celui des affaires, celui des humoristes, un esprit de bottine. Pour protéger qui ou quoi, nus sommes passés des mesures anglaises aux mesures de guerre. Interdit de penser. Interdit de rêver. Interdit de marcher sans la police au cul. Interdit de se loger sans passer par la banque. Les policiers ne protègent pas les gens mais les briseurs de grève. Ils répondent au sourire par un coup de matraque, à l’intelligence par la bestialité. Ce sont les cassés qui manifestent, pas les casseurs payés par la police. On vend l’air et le vent à tant le kilowatt. On ne le vend même pas, on le donne au nom de l’argent vert. Lorsque l’économie se mêle d’écologie, elle empire les choses. L’argent n’a pas d’odeur. L’économie n’a pas de sentiment. La vérité se perd dans une langue de bois. La petitesse faite loi ne rend justice qu’à la peur.

 

Nos seuls mérites, ce sont les rêves que l’on n’a pas trahis. Les élus ne devraient pas être au service de la finance mais servir les intérêts de la population. On vend déjà nos lacs aux marchands de pétrole. On vend déjà l’enfance à tant pour un dollar. On vend déjà nos morts aux vendeurs d’assurance. On vend déjà le ciel à tant le grain de pluie. On vend déjà la terre à tant le grain de sable. On vend déjà la mer à tant le grain de sel, la lumière aux aveugles et le silence aux sourds. On vend déjà la vie et la sueur des hommes. On vend déjà la terre, le vent et les rivières. On érige des pylônes dans les jardins ouverts comme autant de symptômes.

 

On remplace le rêve par des moulins à vent, la beauté du soleil par des écrans géants, la douceur de vivre par le bruit des moteurs et la monnaie du cœur par la loi des banquiers. Où passeront les oies blanches, les arcs-en-ciel, les orages si l’on enchaîne le grand vent ? On laisse pour du fric d’affreuses cicatrices sur le visage du monde, un temps de gifles grises sur la joue du printemps. Déjà les anges ferment leurs ailes. Les oiseaux tournent en rond. J’ai beau faire vieux jeu perdu dans les montagnes où le chant des mésanges a le goût des érables, je veux le sel des larmes et l’épice du rire à mettre sur la table, tout un bouquet d’abeilles pour sucrer mon café.

 

De colline en colline, de village en village, quelques inquiets se lèvent pour dire c’est assez, ne désaccordez plus le violon du silence, laissez vivre la terre et le souffle du ciel. Veilleurs de la source, ils restent à l’affût, la lumière à la main dans un monde si noir et les mots à la bouche dans les chiffres comptables. Quand ils rêvent à demain, ils pensent aux enfants non aux gérants de banque.

 

Publié dans Prose

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article