Joan-Luc Sauvaigo

Publié le par la freniere

A partir des années soixante-dix, la culture niçoise et plus généralement occitane, va connaître un regain, au travers de ce que l'on appellera la "nòva canson occitana". Les jeunes générations vont développer un terrain d'expression plus social et revendicatif, s'inscrivant dans l'élan anti-conformiste de mai 68. Si on parle du pays niçois, c'est aussi en l'associant à des thèmes plus universels, en utilisant des styles musicaux s'approchant souvent du blues. Autre signe distinctif, les écrits se feront en graphie occitane, plus radicale, délaissant la graphie mistralienne francisante utilisée précédemment dans ce XXe siècle. Le chanteur et chanteur Jànluc Sauvaigo sera le précurseur de cette période. Il enrichira le répertoire niçois de chansons fortes notamment au travers de ses rencontres avec les musiciens Bernard "Tuck" Certano et Patrick Vaillant. Il mettra en scène les personnages de Félis Galean et Noré Ciais, héros mythiques d'une ballade où l'amitié l'emportera sur l'adversité et les promoteurs immobiliers. Il rendra également hommage au "héros romantique niçois" Pepin Garibaldi, avec entre autres Lo sirventès de Pepin de Nissa. Il narrera également l'histoire du Pastre Joan Pepin, assassiné par "un pòrcas", laissant ainsi les alpages aux toutes nouvelles stations de ski.

in Anthologie de la chanson du Comté de Nice - Ed. Serre

Albert Tosan, Gaël Princivalle, Frédéric D'Hulster

 

Joan-Luc Sauvaigo est né à Nice en 1950. Il écrit, chante et dessine en occitan depuis quarante ans. Il écrit depuis l’extrême orient occitan, dans un niçard soigneusement cultivé, mais ouvert à tous les mots du monde. Imprégné de surréalisme, nourri de la contre-culture américaine et de sa musique, jazz, blues, folk, rock, ce “beatnik perdu de la nissarditude” n’a cessé de créer sous la constellation d’une double utopie : poésie et Révolution, à laquelle il est resté obstinément fidèle. Avec l’élégance désespérée du dandy, l’autodérision permanente du paillasse, la mélancolie déchirante du looser magnifique, Joan-Luc Sauvaigo s’inscrit dans la lignée des nomades immobiles, des grands rêveurs du quotidien et des poètes maudits. Doublement maudit d’être occitan. Parmi ses livres : Seba ! (1972), Quieta còla & Cie (1974), Sus la brua / À la limite (1984), D’una làupia / D’une treille (1984), Lo Cat, lu Piratas & lo Mago / Le Chat, les Pirates & le Magicien (1989), Un ser fodrat de verd’ espera / Un soir doublé de faux espoir (1993), Faulas de Nissa / Fables de Nice (1995).

France-Occitanie, voixdelamediterranee.com

 

Jànluc Sauvaigo est tout ceci : écrivain, chanteur-compositeur, poète, aquarelliste, dessinateur, re-créateur de la revue "la Ratapinhata", mais aussi...

il a largement contribué à l'édification du Parc des miniatures à Nice...

il a écrit le film Going back to Nissa la Bèla...

il est l'auteur de L'or d'en Mascouinat pour leThéâtre Niçois, comédie dans laquelle il a endossé lors de la création en 1999 le rôle de l'usurier Courpatas (un véritable rôle de composition !) avec un rare talent...

il est co-organisateur du Championnat du monde de Pìlou organisé à Nice le 14 juillet 1987...

 

 

Nomade

je choisis l'impossible ivresse

de la terre

l'explosion du fruit

ruisselant sur les murs blancs

la révolte de ceux-là

qui ne sont rien sans elle ou si peu

est mienne

*

Ici, nous sommes les derniers

Mais dans le monde nous sommes des millions de... vagabonds

sans billets...

Trafiquants d'images

Des durs

Ceux-là ne veulent pas émarger à vos tablettes étriquées

*

 

Le commerce tout à fait légal de l'Urbain ne peut continuer ainsi.

Point.

La sentence des damnés ne sera plus leur auto-destruction, le suicide maquillé des petits peuples, mais grâce à un doigté plus sûr, la sentence sera la mort du système, c'est tout.

Les damnés ont cessé de résister !

Ils n'attendent plus que leurs proches, ceux moins aptes à bouger, soient à nouveau volés, massacrés, abusés. Ils n'attendront pas pour tuer.

Ils vont tuer !

*

 

Le peuple des chèvres sait chaque sente libératrice où l'homme gothique se heurte au partage des bruyères, souffre du cri du chardonneret.

Il sait le mystère acharné et vierge de l'arbrisseau et du torrent.

Le peuple des chèvres est le peuple des griffes accrochées, obstinées aux parcelles éclatées des anciennes paroles.

 

                                               *

La mer était d'huile, aussi calme et sournoise que Lucia quand ses yeux déchirent ta chemise, transpercent ta peau, fouillent ton sang, usent tes os, brûlent ton affection, violent tes cauchemars les plus intimes, visitent ta mémoire, doutent de ta foi, de tes tourments, de tes sueurs de bandard, souriant de tes confusions romantiques, riant et tirant lentement sur sa jupe, quand elle découvre son sexe en murmurant des mots idiots avec sa bouche. Lucia, oh Lucia ! La nuit... une nuit faite de goudron et de béton, où l'on entend soupirer la Terre sous les trottoirs.

 

                                   *

Dix ans ont passé et l'on distribue encore le quotidien dans les cités cosmiques et court-circuitées, mais dans la rue, la vie, la vie... c'est tout gris. Le monde devient sale, il y manque la couleur.

Une fois de plus, la seule issue lumineuse c'est encore le délire.

 

Joan-Luc Sauvaigo

Publié dans Les marcheurs de rêve

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