Jour des morts nuit des vivantes

Publié le par la freniere

Peuple de mon sommeil

tu vas comme chez toi

sur les boulevards de mes rêves.


Je suis cœur de la tête aux pieds

de la tête aux pieds cœur et sexe

et le luxe que j’ai chanté

vient me rejoindre et installe

le divan piétiné et les tissus précieux épars

voici sur le piano cannibalesque

ma fleur de Salvador et ma fleur de Boulogne

mon beau bouquet d’amour

vos prénoms toujours sur mes lèvres

comme une bave de santé.


Vos yeux jetés au loin naufragés du désir

vos cheveux caressants

chaud abri de mes mains fébriles et inquiètes

mes cicatrices ma passion

le ravin de la vie

ta robe rouge et noire

je suis cœur de la tête aux pieds

de la tête aux pieds cœur et sexe

ma fleur de Bologne

ma fleur de Salvador

mes belles visiteuses.


Vous avez la fin rapide

des  condamnés à mort

lorsque entre mirador et hôpital

le petit jour agite ses mains sales

de moribond en sueur.


Alors la pluie tue le sable

à coup d’aiguilles

méchamment.


Cœur de nuage tu vas

dans  les limites de la cage thoracique

d’un barbelé à l’autre

balloté

titubant

je vais

à la recherche de mes fantômes

spectres aux chaînes d’or et aux linceuls de soie

mon cœur flotte

comme le drapeau noir

au grand mât du bateau blessé.


Puis à l’ouest

le jour cachant sa plaie sanglante

se traîne pour mourir

c’est l’heure

où dans la tâche noires de la nuit

s’allument les phares resplendissants de vos présences

cependant qu’a Paris

la tête claire de l’aimée

roule sur l’oreiller

parmi l’écume de ses cheveux blonds.


Léo Malet

Publié dans Poésie du monde

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