L'année suivante exactement

Publié le par la freniere

Je lis la Détresse et l’enchantement. Mais si je lis longtemps, je n’écris plus et vice-versa. Prise dans l’une des deux activités, on dirait toujours que le travail se trouve dans l’autre. Le travail et l’agrément. Est-ce courage ou folie de poursuivre ainsi silencieusement ? Le silence n’est pas le mutisme. Il cultive la parole d’hier et prépare celle de demain. Cet espace entre deux champs ouverts est sans prix. Le vide non plus n’est pas rien : il est toute promesse. Ce sont des bribes de lectures qui reviennent, la mémoire est trouée. Avec des bribes d’évènements entrelacés. Le poème en devient la trame. Choisir une phrase parmi d’autres, la plus fidèle et pourquoi pas la plus lumineuse. Ce matin, elles se présentent toutes en même temps à la porte, elles jacassent follement sur le seuil, elles crient toutes joyeusement leur droit de passage, elles viennent de tant de pensées nourries par les rêves, dans le désordre et l’heureuse anarchie d’une nuit comme une autre (je chéris presque toutes mes nuits), qu’elles s’entassent pêle-mêle, attendant leur entrée sur la scène ou mon oubli délibéré. Dans le frottement des corps, elles créent des étincelles d’images et ainsi jettent leur sort sur papier. Sans compter les images qui n’entrent dans aucune phrase car celle-ci n’a pas le monopole de l’imagination. Il reste la plage, le trou, le désert de neige et les ondes sonores qui à midi, en plein soleil, font s’énerver les oiseaux. Au nord d’ici, sur la route bleue, on tue aujourd’hui de nombreux oiseaux, seulement parce qu’ils sont étrangers. Tous les meurtres sont le résultat d’une incompréhensible menace. L’inquiétude vient de l’inconnu.

 

Madeleine Gagnon

Publié dans Poésie du monde

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Ile E. 09/05/2013 23:32


Superbe réflexion, superbe écriture !