L'éducation est une richesse collective

Publié le par la freniere

L’économie et la politique québécoises sont aujourd’hui entre les mains d’une oligarchie qui détourne et accapare les richesses collectives à son seul profit. Nos impôts subventionnent la compétition qu’elle livre à d’autres oligarchies, ailleurs dans le monde, et les bénéfices colossaux qu’elle en retire s’envolent, s’exilent dans les paradis fiscaux. L’État, complice de cette folie, doit alors s’endetter pour financer des projets publics, et faire payer à la population l’usage des biens et des ressources qui devraient lui revenir de droit. Ainsi nous déboursons doublement, comme contribuables pour financer le jeu de la concurrence internationale, et comme « usagers » pour accéder à la santé, à l’énergie, aux transports ou aux ressources naturelles. C’est dans cette logique que s’inscrit la hausse des frais de scolarité, qui demande aux étudiants et à leurs familles de porter le poids de leur éducation. Aussi importe-t-il, pour tous ceux qui croient en une société ayant l’intérêt commun pour objectif réel, de se lever et de soutenir les étudiants dans leur lutte. Le texte qui suit fait la critique de la rhétorique néo-libérale et des arguments que l’on entend pour justifier cette hausse. Il défend aussi la nécessité d’affirmer sans concession l’ensemble du modèle social qui sous-tend notre idée d’un droit inconditionnel à l’éducation.

La pénétration insidieuse de l’idéologie néo-libérale

Je suis un professeur, un parent et un citoyen soulagé. Partout, les étudiants votent pour une reconduction de la grève. Un instant, j’ai cru que le retour à l’ordre, le pragmatisme résigné et le sens utilitaire du devoir prévaudraient sur l’indignation, la colère et la révolte face à l’injustice et à l’insulte qui leur est faite. Heureusement, je sous-estimais leur détermination et leur orgueil.

Je suis fier d’eux et soulagé, donc, mais pas totalement rassuré.

En effet, lors des moments où j’ai pu discuter avec eux de la hausse des frais de scolarité, c’est tout à fait sidéré que j’ai entendu certains de leurs arguments. Certes, ils sont majoritairement contre une telle hausse, qu’ils jugent trop forte, trop soudaine, mal justifiée, et ce d’autant plus quand au sein des universités les ressources déjà disponibles sont clairement mal administrées. En revanche, tous sont loin d’être contre le principe d’une hausse, qu’ils considèrent comme logique dans un contexte où tous les prix augmentent, même ceux pratiqués par des services publics.

Aussi, lorsque je leur ai parlé de gratuité scolaire, c’est le rire que j’ai suscité, comme si j’avais conté une bonne blague. « Nos impôts sont suffisamment élevés comme ça, vous ne croyez pas ?! » Plus étonnant encore, le fait que le gouvernement Charest trouve des milliards de dollars à injecter dans son Plan Nord, qui plus est au profit de corporations qui ne reverseront quasiment rien en termes de taxes, ne les gênait pas plus que cela. « C’est pour le bien de notre économie. Pour la compétitivité. » Enfin, quand je leur disais que le Québec dispose de suffisamment de moyens pour offrir non seulement l’éducation gratuite, ils répondaient alors que tarifer les études permet de responsabiliser les étudiants qui les entreprennent. « Avoir à payer nos études, et donc avoir à travailler ou à nous endetter, nous force à nous organiser, à gérer notre argent, notre temps et nos priorités. C’est important dans la vie ! »

De fait, un monde où l’éducation est gratuite est pour eux un monde de tire-aux-flancs qui étudient à vie et parasitent les honnêtes travailleurs ayant eu, eux, la décence et l’altruisme de sacrifier leur bonheur individuel au profit de la production de richesses et de l’utilité générale.

 

(...)

 

Joanne Sénéchal

 

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Publié dans Glanures

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