L'époque des tables pour deux

Publié le par la freniere

En ce temps-là il y avait

d’inéluctables poignées de mains

d’une moiteur monstrueuse

à vous glacer le sang en cubes

qui débouchaient inévitablement

sur de longues conversations vouées à l’échec

gangrenées de rires protocolaires

à l’abri sous un cadrage de porte

dont la peinture éternellement fraîche

faisait exprès d’effleurer nos jupes

déboutonnées par souci de négligence


Bien sûr il y eut

de sauvages attentats

contre nos échangeurs d’air, caméscopes,

sèche-cheveux, taille-bordures et gaufriers

de petits miracles flambant neufs

mais sans garantie prolongée

qui nous obligeaient à ramper

jusqu’au service à la clientèle

tous les dimanches après-midi

pour nous abîmer dans des files d’attente

pleines d’ambiguïté et prétextes

aux attouchements les plus sincères

nous plongeant systématiquement

dans la nostalgie d’un coït 100% bio

C’était la belle époque

des piscines creusées d’une tiédeur intolérable

des heures de pointe sans l’ombre d’une pause publicitaire

et de la litière à chats parfumée

dont le parfum était encore plus insoutenable

que l’odeur qu’elle s’employait précisément à masquer

 

(suite sur poème sale)

 

Mathieu K Blais

Publié dans Poésie du monde

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