La maison du silence

Publié le par la freniere

La maison du silence

se dresse dans un coin de la montagne,

avec son capuchon de tuiles vermoulues.

Et elle semble si docile

qu’elle s’émeut à peine sous le bruit

d’un arbre proche où rêve

l’amoureux conclave d’un nid.

 

Mais personne peut-être ne l’habite

ou l’aime

-          d’ailleurs, des hommes y ont-ils quelque jour vécu ?

Pourtant son cœur avec lenteur palpite

d’un battement profond de résigné,

quand la rumeur la blesse

et fait couler le sang de son côté tremblant.

 

Dans cette maison du silence j’imagine

un patio lumineux avec pour ornement

l’herbe qui ronge les gouttières

et un mur dont les pluies qui tombent torrentielles

délavent les couleurs.

 

Et par les nuits au ciel bleuté,

je la pense perturbée si elle devine

un balbutiement de lumière sur ses bancs,

et je l’entends verser avec un bruit

presque imperceptible déjà et contenu

ses larmes paternelles vieilles de trois mille ans.

 

José Gorostiza

traduit du mexicain par Claude Couffon

Publié dans Poésie du monde

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