Là où tu es je suis

Publié le par la freniere


Regarde dans mes mains. Elles sont comme des miroirs. Tu verras ta beauté. Regarde dans mes yeux. C’est toi qui les habite. Écoute battre mon cœur. Il fait de la musique lorsque je pense à toi. Mes pas ne sont des pas qu’avec toi sur la route. Nous avançons vers nous. Quand je me perds en chemin, je me retrouve par toi. D’un seul regard, tu me fais homme. D’une seule caresse, tu me fais beau. Tu me fais chair quand tu me lis. J’aime quand tu nages en moi. Tu arrêtes le temps. Tu attises le feu. Tu fais jaillir la source. Je suis grand dans ton ventre et je retiens mon souffle jusqu’à l’éternité. Ta vie est une longue prière. Ta vérité m’éclaire.



Tu es ma seule lumière dans la fidélité de l’ombre, mon accalmie dans la mitraille du jour. Avec mes mains retrouvées sur ton corps, je peux toucher la vie. Il y a en toi quelque chose d’infini, quelque chose comme un feu, une fleur, quelque chose de tendre, de doux, quelque chose qui veut tout, du plus petit caillou jusqu’aux aurores boréales. Tes mains s’inscrivent sur mon corps. Ton corps repose en moi dans les songes du matin. La nuit a été belle. Nous nous réveillerons dans le simple bonheur de se cueillir l’un l’autre.


Malgré les tempêtes et les orages, je ne vois que ton rire sur le visage des vagues, ton arc-en-ciel d’âme aux bulles du possible, ton collier de lichen sur le granit du froid, ton cri d’enfant perdu dans les charniers du jour, l’instant énorme de l’amour tissant l’éternité. Je t’aime de partout, de toujours à toujours, sous le vol des outardes et les paupières du bouleau, dans les bras des érables et les pas des chevreuils, sur la neige et le sable, dans chaque anse pleureuse et le rire des vagues, la chevelure des fougères, les campanules de lumière, le basilic et l’eau, dans l’ambre et la parole. Ta lumière me fait signe entre les maisons grises. Je traverse le froid avec dans ma main la chaleur de la tienne, ton soleil sous la pluie, ton baume de tendresse dans la fêlure du monde, ton corps dans mon corps.


Je t’aime et te le dis avec les mots du bord, les mots, toujours les mêmes depuis le premier mot, ceux de la vie et de la mort, ceux de la terre et de l’amour, les pauvres mots du quotidien mais la fleur à la bouche. Malgré la suie, les ombres, l’usure des matins, il fait lumière en toi. Ton soleil se pose sur le biceps des glaces, le museau de la pierre, les muscles de la terre. Là où tu es, je suis. Là où je suis, tu es. Je crois que je vais naître un peu plus chaque jour, me réveiller plus loin, plus amoureux, plus fou. Je t’aime et te le dis avec les mots du cœur, la salive des fruits, tout l’espoir du monde au bout de mes mains nues, tes mains, tes doigts au bout des miens retenant la lumière. Ma femme retrouvée chaque matin, tu as toujours l’air d’être née à l’instant. Nous n’avons de maison que notre âme commune, cette lueur possible dans la nuit des aveugles. Tes mains dorment et s’éveillent sur moi comme la main de l’eau sur la peau de la terre.


Je te vois sur les photos où tu n’apparais pas. Je te lis sur les pages blanches. La dernière porte s’ouvre. Je suis tes hanches d’un coup de reins. Elle est pour toi ma vie, posée là dans un coin, le chapeau de travers, les yeux mouillés de larmes. Vacillant sous les coups, elle tient encore debout. Elle tient à toi. Je me retrouve entier avec toi tout entière. Le monde est plus petit que ton doigt sur ma peau. Je traverse la mer, tous les fleuves sur toi. Je touche l’infini quand je te prends la main. L’herbe se fait plus verte, la fontaine plus fraîche, le soleil plus chaud. La vie est plus vivante quand je la vis pour toi. Tu es comme le rêve dans le sommeil de l’eau. Je marche à toi et ton visage monte plus haut que l’horizon. Mêmement nos amours, nos gestes, nos paroles, je vis là où tu es. Je t’écris sans arrêt. Je t’embrasse. Je te veux. Je te prends. Je t’enlace sans fin. Je ne veux plus faillir à la tâche d’aimer.

 


Publié dans Prose

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Sophie 19/11/2009 13:28


Emouvant, c'est trop peu dire. Merci pour ce beau texte. Ces mots sont de l'amour en marche. A faire croire qu'il existe...