La pire défaite

Publié le par la freniere

Quand mes rêves s’ennuieront

en berçant le poids de mon absence

laissez-les se pendre à du fil à retordre

 

Quand je balbutierai

le contour de son fantôme

dans le musée de cire de mes souvenirs

mettez-y le feu

parlez-moi d’autres choses

autour d’une table où mes convives

boufferont du phénix

au goût de cendres

 

Quand je vous dévoilerai ma solitude

comme un esclave au marché aux esclaves

assommez-la et portez-la sur un brancard rouillé

aux pieds des propriétaires du réel

 

Quand l’immensité m’aura étranglé

avec ses mains de déserts et de platitudes

dispersez, je vous en prie, ma carcasse

aux rayons de l’oubli

dans des bibliothèques en faillite

et consignez ma douleur

dans un Pawn shop d’espérance

 

Quand mes climats se seront détraqués

à force d’avoir voulu mesurer le vent

muselez mon regard avec des murs

aux couleurs d’infini

d’un ailleurs paisible et sans artifices

 

Quand mes cauchemars se feront habitables

dans une grille horaire aux cadences dictées

par l’engrenage des jours, laissez pourrir l'espoir

dans mes mains sèches et tremblantes

et riez jaune devant ce spectacle

 

Quand des ellipses me pollueront la gorge

et que ma mémoire n’aura plus de voix

laissez-moi seul

à murmurer dans mes décombres

qu’elle était belle

mon existence

avant tout ça

 

Christian Girard

 

Publié dans Poésie du monde

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