La terre des voyelles

Publié le par la freniere

Excusez-moi du peu.
Je n’ai pas d’ailes pour voler,
de chausse-trapes aux chaussettes.
Je n’ai pour vous parler
que quelques cris du cœur,
les dix doigts de la main
pour retenir le temps
comme on retient la pluie,
le rouge des oreilles
qui tache la musique
et le rouge des joues
qui remonte à l’enfance,
la page inachevée
sur laquelle je m’endors,
du vin blond, du vin fou
sur la nappe des yeux,
de la couleur dans l’ombre
et ses poils en pinceau,
des mots roulés en boule
dans un sac kangourou,
des poissons bizarres
qui traînent leur bocal
avec une laisse en eau,
un vieux chat qui ronronne
dans ma gorge nouée,
le pollen des amis
qui me saoule de mots,
le bleu du Richelieu
qui coule dans mes bras.
et porte dans ma voix
sous les genoux qui saignent
et les cailloux lancés
sur le pas des vieillards.

Excusez-moi du peu.
J’ai troqué ma valise
pour le cheval du rêve.
Je n’ai qu’un peu d’avoine
pour traverser l’hiver,
le mouvement des bras
amorçant l’accolade,
la terre des voyelles
où croissent des images,
un soleil en pied de bas
et des abeilles en fleurs.

 

2004

Publié dans Poésie

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