Le cercle

Publié le par la freniere

Les enfants ne scandaient plus, laine laine, la vilaine. La rumeur avait déployé ses tentacules visqueux autour de nos ventres. Musettes défoncées, odeurs bigarrées des poudres d'herbes renversées, course échevelée. Dans les abris de fortune où nous reprenions notre souffle, toi tu tourmentais tes mains, toi, tu répandais de la cendre sur ta tête, toi, tu berçais tes genoux, toi, tu sanglotais sans fin, toi, tu grondais ta rage, toi, tu t'enfouissais dans les incantations futiles. Ce qui devait venir, déjà venu maintes fois, s'est abattu sur nous. Mais il n'en serait plus ainsi. C'était la promesse silencieuse quand les ministres nous ont trouvées. Ils nous ont emportées, ravagées, attachées tuméfiées au milieu de la place pour leur sinistre rituel. Ah ! ni le feu ni cent vies ne m'ont fait oublier le défilé des milliers de visages déformés par la hargne, nourrie aux peurs inoculées au fil des siècles d'un dieu fait homme pour frapper.

 

Aujourd'hui, nos mains se sont retrouvées, laine laine, la vilaine. Le cercle est incorruptible. Personne ne dit le pacte qui est sa force et sa faiblesse. Alors fi des dévoreurs d'énergie vitale, des pilleurs de l'âme qui s'introduisent chez vous, la convoitise déguisée en sourire, des suppôts obséquieux du pouvoir temporel qui assènent le sceptre brutal de leur volonté, et de ceux-là qui font mine de donner pour mieux prendre et qui vous assassinent à mots couverts avec l'air de vous rendre service.  

 

Les épaules souples, la louve totémique secoue sa pelisse rêche. Je vois par ses yeux attentifs.

 

Laila Cherrat

Publié dans Poésie du monde

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