Le chemin

Publié le par la freniere


Par la fenêtre, la montagne encore engourdie de nuit, regardait. II ouvrit la porte. Un carré de ciel entra, fit la pièce plus grande. Il aspira l'air comme une fumée de cigarette et resta un moment sur le seuil. Puis, de quelques enjambées, son pas brisa la fine pellicule cristallisée. Un jet d'urine creusa la neige d'une tache jaune, fumante. Il revint tranquillement, prit au passage deux bûches qu'il épousseta. La maison était confortable. Il tisonna les braises, mit dessus des branchettes et souffla. Le bleu d'une flamme chercha son rouge puis mangea le bois. Sur la fonte, il posa une casserole. Le café servit son arôme du matin. Il rinça sa tasse, plia soigneusement la couverture, chaussa ses souliers réchauffés sous le poêle, enfila sa canadienne et ses gants, et mit le passe-montagne dans sa poche. Il tira la porte derrière lui sans tourner la clé. Un glacé d'image figeait le paysage. Il respira profondément, de la condensation à sa barbe. L'air vif frisait à peine les sapins. Des yeux, il parcourut la forêt puis s'engagea sur ce qui devait être un chemin. À cet instant, aucune prière n'eut été plus vraie que sa marche de bûcheron dans la neige, le silence et le froid.

 

Ile Eniger - Le chemin, encore


Publié dans Ile Eniger

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