Le loup des mers

Publié le par la freniere

à Tristan Cabral
cheval cabré
chroniqueur des exodes
grand fraternel

pour ADM

en souvenir de  Jack London, Arthur Rimbaud et Nora Nord

 

Aux profondeurs du bouge
une triste humanité,
sous la lanterne rouge
graillonne et racle des pieds:

les putains à gros culs
de maigres alcooliques,
d'ex-prisonniers tondus,
de vieux marins à chiques.

Dans l'odeur de bière sure
et de tabac miellé,
un homme au regard dur
à l'instant vient d'entrer.

Les goules anisées
piquent du nez dans leurs seins.
Les rejets des marées
tachent leurs mentons de vin.

Les gueules des marins
mordent les tuyaux de pipes;
ils hument l'air salin
pour s'aérer les tripes.

Et dans leurs mains crevées
tremblent les verres de rhum.
Leurs cabans sont mouillés
et ils sentent l'opium.

Mais ce n'est pas de drogue
que leurs regards s'affolent
et que leurs masques rogues
comme leurs vieilles boussoles,

pointées vers le Grand Nord,
espèrent intensément
l'aventure de haut bord,
des ivresses de pleins vents.

L'homme, c'est Loup Larsen,
Le loup des sept mers.
Il scrute les trognes malsaines.
Son sourire est amer.

Grand Capitaine
Il cherche des matelots
pour toutes sortes d'aubaines
et pêcher le cachalot.

Il est botté de cuir,
et noir du bas en haut,
maître sur son navire,
ses désirs sont brutaux.

Il se dit dans les ports,
qu'il mène les équipages,
à insulter la mort
par folie et courage.

Et cette fois encore,
des faces de Boucan
et des mastiqueurs d'or
se lèvent et sont partants.

La vie est une gueuse
qu'il faut prendre d'assaut,
une grande amoureuse
qu'on paye avec sa peau.

Demain ils appareillent.
Ils n'ont ni froid ni peur.
Ils sont en état de veille.
"La vraie vie est ailleurs".


 Yann Orveillon

Publié dans Poésie du monde

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