Le partage du pain

Publié le par la freniere


Les mots sont comme des mendiants quêtant le sang des hommes. Ils boivent l’eau des lèvres à même la parole. Ils ne peuvent tout dire. Chaque phrase perd son sens dans la blessure du silence. L’homme s’avance à travers ses barreaux cherchant la clef des champs. Les plus savants perdent la tête et les idiots sourient. Le cœur des plus riches est une cruche cassée. Celui des pauvres est un pain qu’on partage. L’eau intérieure de l’homme s’est couverte de glace. Des frères noirs s’entretuent. De vieux barbus lapident une femme trop belle. Des écrans géants nous aspirent les yeux. Des enfants sautent sur des mines. Les banquiers comptent leurs sous sur les os des mourants. On se lève au matin en oubliant d’aimer. L’âme est comme un ciel à l’intérieur de l’homme dont le corps est la terre. À chaque fois qu’on respire, c’est l’histoire entière qui retrouve son souffle, des yeux éteints d’Homère aux derniers décibels. Le corps de chacun a sa place dans le corps d’un autre. Il faut la mériter. Il ne faudra plus perdre une seule miette de bonté, le jet des bras autour du cou, une caresse imprévue, le regard d’un enfant émerveillé par tout, l’aile d’un ange qui passe. Les phrases qui se touchent forment aussi des caresses. Il y a de la bonté dans chaque fleur qui pousse. Il faut sans cesse faire attention, écouter les oiseaux et répondre aux étoiles. La pluie avive les couleurs, les vieilles cicatrices, les replis de la terre. Les pensées bougent d’un arbre à l’autre. Un invisible doigt caresse les pétales et cueille le pollen au ventre de la rose. Le ciel s’allonge sur le sol. Les feuilles s’illuminent au passage du vent. Chaque instant se prépare à la métamorphose. L’enfantement recommence à chaque nouveau pas.

 


Publié dans Prose

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