Le petit d'homme

Publié le par la freniere

 

Le neurone fixé sur la part de gâteau, le petit d'homme compte ses sous, se tortille, s'agite, s'enfle, regardez-moi regardez-moi. Montent les murs. Le petit d'homme joue, mord la pomme et la crache, invente des mirages où il admire ses reflets, mange la vie, pisse sur la beauté, et laisse la poussière. Le petit d'homme empierre l'humain. Il évite ceux qui portent leur peine, ceux qui font la place égale pour chacun, les femmes mains aux reins pour enfanter la joie, celles niées, nouées sous le bâillon, les enfants sous les fers des machines à produire, les vieux gestes ridés à la sagesse lente, la bonté mourante sous le joug des monnaies, la nature qui existe sans lui. Le petit d'homme évite les partages, la gratuité du soleil, l'eau et l'air pour tous. Car il lui faut jouir, courir, consommer, entasser, et jeter. Il se construit des tours loin de la faim, des caniveaux dorés à la largeur de ses nausées, lave ses mains dans la sueur des pauvres. Le petit d'homme traverse la vie pour en faire un désert. Puis il meurt seul. Si seul. Dans le fracas de ses miroirs brisés.

 

Ile Eniger

 


Publié dans Ile Eniger

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