Le torrent

Publié le par la freniere

Bien calée au contrefort de pierre du vieux rempart, les genoux ramenés sous son menton et serrés par ses bras, elle écoute la voix du torrent. Pas l'habituel clapotis que toutes les oreilles peuvent entendre, non, sa voix. Celle appuyée sur la montagne. Chaque année, quand elle arrive ici, elle s'assoit et attentive à la cavalcade des eaux, elle remet peu à peu en place sa respiration, une remise à neuf en quelque sorte. Cette sorte de rituel, on dirait que le torrent s'en souvient qui immédiatement l'épouse comme si, depuis toujours, il attendait qu'elle arrive, qu'elle soit là, à l'endroit exact où elle est maintenant. Elle sait bien que c'est elle qui s'adapte au rythme tumultueux, elle sait bien que le torrent n'y est pour rien, et même, ultime paradoxe dans le fracas du rapide, que c'est elle qui trouve immédiatement un calme profond, comme un vêtement parfaitement ajusté à sa taille. Après, il n'y a plus de mots, elle devient l'eau et la montagne. Surtout elle touche au bien-être. Dans l'immobilité joyeusement vivante, elle participe du mouvement. Tout respire large, plus large lui semble-t-il. Et, invariablement, elle pense à la liberté.

 

Ile Eniger

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