Le vieux loup

Publié le par la freniere


Les rangées plus longues que lui le cassaient au matin et le relevaient peu. Il taillait les vignes, les arbres, et les vignes, les arbres le reconnaissaient. Il entendait l’orage avant même l'oreille, goûtait la terre pour savoir ce qui lui manquait. C’était un homme simple, de prime colère, d’émotion rentrée. Un loup pas bien méchant qui jouait au féroce. Je n’ai jamais bien su qui il était, il ne parlait pas plus sous le soleil que sans. Il me semblait la porte entrebaîllée qui parfois attire, et souvent effraie. Les soirs le ramenaient fourbu, rompu à l’échine, lointain et réel à la fois. Ainsi passait sa vie d’un point à l’autre, loin des images que j'avais. Je l’aurais voulu différent et qu'il fasse l'enfance sans peur mais nous n’avions pas la même lampe pour éclairer la route. Quand le vieux loup est mort, j’ai reconnu mon père.


Ile Eniger - Du feu dans les herbes - Éditions Cosmophonies

 

 

Publié dans Ile Eniger

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