Les balcons du vingtième siècle

Publié le par la freniere

Avant les téléphones les balcons,
on sortait et on faisait savoir.
Ils étaient la soupape de la maison, les filles ne sortaient pas se promener
sauf pour l’office, le dimanche.
Mais elles étaient bien en vue sur leur balcon,
un jeune homme passait, une fleur plantée dans la boutonnière,
un regard au vol, une entente flashée,
télégramme expédié par les cils.
Au balcon au milieu des plantes la jeune fille dévidait la laine,
brodait sur un métier, feignait de se piquer avec son aiguille
pour libérer ses yeux baissés.
Ma grand-mère se fiança au balcon.
Et ma mère, en été, après la guerre,
sort avec d’autres amis sur le balcon pour l’air frais
et un homme, vingt-huit ans, assis tout près, lui demande de l’épouser.
Je viens de leur rencontre là dehors, à Mergellina,
avec le ciel jongleur du couchant.
Mais à un autre balcon s’était montré aussi le fier-à-bras
pour déclarer la guerre, en se penchant rapace et perroquet
sur la foule ivre d’elle-même.
Il aurait mieux valu qu’il se montre à la fenêtre
et mieux encore s’il l’avait laissée fermée, ainsi ne se serait pas gâtée
l’histoire des balcons et de l’Italie du vingtième siècle.

 

Erri de Luca

Traduction Danièle Valin

Publié dans Poésie du monde

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