Les Canoirs

Publié le par la freniere

Le jour va naître. Les Canoirs passent en sifflant au-dessus des battures.

 

Ils foncent dans le vent, dessinent un long virage puis se laissent glisser sur les vagues de l’air.

 

Toujours leur poitrine bout quand ils se jettent dans l’eau la plus froide.

 

À la naissance de l’aile ils ont un miroir mauve pour refléter une immensité sourde.

 

Ils ont un œil pour le jour, un oeil pour la nuit.

 

Ils doivent bien dormir quelque part, la tête sous l’aile, loin des dangers.

 

Mais la terre un peu plus chaque jour se rétrécit pour les Canoirs ; gibiers de grande allure, ils sont devenus cibles.

 

Certains admirent l’éclat de leur vigilance. Où est pourtant celui qui a proclamé après la chasse un tel prodige ?

 

Quand le soleil s’en va, les Canoirs se grisent d’espace. Touchés par le plomb, ils s’écroulent dans la vase, annulés.

 

Pierre Morency

Publié dans Poésie du monde

Commenter cet article