Les merveilleuses insignifiances (Suisse)

Publié le par la freniere

 

C’était un vieux clou fatigué, déjà presque à moitié tombé de son trou, qui ne le retenait pas bien, et à ce clou, pendait un vieux parapluie usé, presque aussi vieux. De voir une vieillerie minable cramponnée à une autre vieillerie minable, de voir et d’observer une caducité accrochée à l’autre caducité, tels deux mendiants qui, prêts à mourir d’une minute à l’autre, s’étreignent dans un désert glacé et sans espoir afin de tomber étroitement enlacés. De voir comment un faible dans sa faiblesse soutenait un autre faible avant de s’effondrer lui-même dans un épuisement total, de voir ce malheureux, dans son pitoyable malheur, offrir encore à l’autre malheureux son soutien dérisoire, ne fût-ce que jusqu’à son propre et complet effondrement : voilà qui m’a profondément ému et bouleversé.


Robert Walser

traduction : Marion Graf


Publié dans Poésie du monde

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André Chenet 12/12/2009 15:09


Toute la tendresse, la compassion de R. Walser tient dans ces qq lignes. C'est un des rares écrivain qui m'ait ému jusqu'aux larmes.