Lettre à la vie en pleine nuit

Publié le par la freniere

À Raoul Duguay et Richard Desjardins

 

Ta soif la plus claire

se noie dans mon verre

désirable désirante

jamais indifférente

à tout ce qui brûle

à tout ce qui hurle

souvent bienveillante

au plus faible murmure

dans l’éclos dans l’ultime

voilà pourquoi je vénère

ton nom comme on respire

sans savoir s’il s’agit

tout à l’heure de mourir

ou de vivre autrement

sur un autre versant

 

sans arme ni défense

tu triomphes quand même

chair d’ange ou semence

à l’infini volonté veloutée

fleur d’altitude ouverte

aux beaux réseaux d’aimer

catalyse parfaite ah pourtant

tant et tant de funeste fut

avant que je te reconnaisse

de gris désastre en triste cas

sans la plus mince esquisse

d’une vision consolatrice

et tout cela jusqu’à la moelle

et jusqu’au sang d’avoir subi

ce long désert trop d’avanies

quand dans un corps en détresse

criblé d’alco-tremblements

on ne ressent que l’inaptitude

à jouir même de la bonté du soleil

 

et longtemps ce supplice amer

pire que le pire des calvaires

de n’appartenir qu’au plus pauvre

et noir des comportements

sans avoir aucune fenêtre aucune

où fuir en dehors de souffrir

partout l’empêchement les murs

mais je te tiens enfin

à bout de nerfs et de souffle

Ô VIE poème des poèmes

fontaine de la parole humaine

toi ma sereine reine

mon affable souveraine

et je couche dans ton repos

mes pleintes et mes peines

ô mère parce que je t’aime

 

Montréal, le 17 novembre 1990

 

Gilbert Langevin

 

Publié dans Poésie du monde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article