Lettre en hiver

Publié le par la freniere

regarde, regarde les branches nues des arbres que neige habille, elles ressemblent aux chemins enchevêtrés que prend la parole ou l’écrire, et cette neige, au poids du silence déposé sur toutes choses. j’aime à penser que tu puisses percevoir ainsi le faire, à travers les phases festives et bourgeonnantes, la maturité d’un fruit ou le glissement lent et la chute des feuillages, de longs endormissements rassemblant les sèves sous la terre. j’aime à penser que ton propre silence ressemble à cet arbre que je regarde, et que ta parole, ton écrire, le dire et le faire, soient autant les parts, fût, branches maîtresses, branchettes, petits doigts de bois d’un arbre dans sa croissance déterminée comme dans son long dormir d’hiver. jusqu’à ce qu’un soleil à nouveau ardent les réchauffe. je t’écris dans ce sommeil des sèves. sous les manteaux givrés du moment de parfaite blancheur, l’immobilité apparente, cadeaux du ciel déposés par tous les toits, fenêtres, chemins, arbres emmîtonnés. me sont plus précieux que tous les mots d’amour que les hommes laissent choir sur un front, une main, la bouche ou le sein. me sont plus chers que toutes offrandes ces brefs instants où la lenteur prévaut enfin sur les êtres et les choses, lenteur où règne l’absence du désir. je pense au livre de François Chen. je pense une mer blanche vivante et à ce qui figure exactement la congruence de ce que les uns nomment le vide et de ce qu’aucuns nomment le plein. un point d’émergence que l’émergence seule connaît. comme l’arbre sait au printemps où poussera la nouvelle branche. je ne sais pas dire ces choses qui me poussent, je t’écris pour te dire que je ne sais pas me rendre jusqu’à toi…

 

Catrine Godin

Publié dans Poésie du monde

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