Maurice Chappaz

Publié le par la freniere

 

 

 

Ludivine, Marguerite, Catherine.

 

Femmes aux pressureurs, aux laboureurs,
éraflées et moulues,
vidées d’elles-mêmes comme par les pics-verts,
ne possédant plus rien de leur vie de jeune filles,
ayant couché avec le Valais ivrogne
à la sainte trogne porcine
soufflant le foehn
qui est cigare et plain-chant.
Femmes aux minces yeux myrtille,
passées par les barbus :
qui ont dit le grand oui
et depuis murées comme des sphinx sous la coiffe sombre.
Vérité de vérité :
elle jaillira de leur sein,
elle vaincra le monde.
Coffre puissant, bestial
le sourire de la sagesse
et leur enfant, la parole,
pareille à une sauterelle sur la langue des muets.
Parole, bond à travers les horreurs et les pudeurs
des calvaires sur le Rhône.
Eh, Ludivine, Marguerite, Catherine,
dites tout de vous,
dites tout du Valais sec et sombre,
femmes de vigne,
arbres de la passion,
vases de silence.

 

Maurice Chappaz

Publié dans Poésie à écouter

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