Me Sylvain Lussier, la Commission Charbonneau et le Plan Nord

Publié le par la freniere

Dans un article signé par Dominique Tardif et publié dans Droit-Inc. le 9 juin 2010, Sylvain Lussier racontait ceci sur sa grande réussite comme avocat :

 

« …Je suis entré en droit parce que je voulais faire de la politique. J’adorais ça. Mon père était haut fonctionnaire et était proche de Messieurs Trudeau, Pelletier et Marchand. Bien, franchement, je pensais que le droit serait un long et horrible moment à passer, mais je suis tombé dedans comme dans la potion magique. »

 

Devenu avocat, Me Lussier s’est spécialisé dans le droit administratif. Mais pas n’importe quel ! Celui des grandes corporations. Ainsi, il a représenté Asphalte Desjardins, les Pétroles Irving, Elpida Memory et une grande compagnie pharmaceutique poursuivis dans des recours collectifs, il a été le procureur de Gaz Métro dans plusieurs dossiers contre des citoyens impliqués dans des bris de conduites de gaz. Mais sa renommée lui est surtout venue comme procureur du gouvernement du Canada dans le scandale des commandites.

 

À la journaliste Dominique Tardif, Me Lussier donnait aux jeunes avocats le conseil suivant :

« …Impliquez-vous dans la communauté juridique. Si je suis où je suis aujourd’hui, c’est parce que je me suis impliqué : j’ai fait partie de l’AJBM puis des comités du Barreau, j’ai rencontré des juges, etc. Pour les gens du droit des affaires, c’est autre chose : on se fait voir dans les événements d’affaires, par exemple. Il ne s’agit pas de devenir ami avec le président d’Hydro-Québec, il s’agit de devenir ami avec les gens de son niveau qui, un jour, seront eux-mêmes présidents. »

 

On peut dire que Me Lussier a su mettre en pratique le conseil qu’il donnait aux jeunes avocats. Devenu procureur en chef de la ville de Montréal pour le compte du cabinet Osler, Hoskin & Harcourt, il a démissionné de son poste pour devenir le procureur en chef de la commission Charbonneau. Mais il a obtenu le privilège de continuer à travailler pour la firme dont, par ailleurs, il est un membre associé, ce qui signifie qu’il a droit de décision sur les dossiers qui y sont à l’étude.

 

Mais qu’est-ce donc que ce cabinet Osler, Hoskin & Harcourt ? Une énorme entreprise qui a ses ramifications partout au Canada, aux États-Unis, en Amérique Latine et en Asie. On ne s’y occupe pas du menu fretin, mais des gros poissons corporatifs qui ont affaire aux syndicats, aux groupes de pression, etc.

Osler, Hoskin & Harcourt est surtout l’une des grandes firmes d’avocats qui travaillent à la réalisation du… Plan Nord du gouvernement Charest. Sur le site de la firme, il est même indiqué que Me Lussier est partie prenante au dossier !

 

Toujours sur le site d’Osler, Hoskin & Harcourt, on apprend que celle-ci en mène large par-devers le Plan Nord : consultation des Autochtones et négociations d’ententes avec eux ; arrangements commerciaux (redevances, exploitation et mise en valeur, conventions d’achats d’électricité et accords d’exploitation), constructions et infrastructures, emploi et main-d’oeuvre, régimes de retraite et avantages sociaux, contrats d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction, alliances stratégiques, droits miniers et droits de superficie, financement de projets, investissements stratégiques, contrats et engagement pour le transport et les expéditions, etc.

 

Quand on sait tout ceci, il me semble qu’on comprend mieux la sortie, en pleine campagne électorale, de Me Lussier contre Jacques Duchesneau. Il est toutefois plus difficile de comprendre comment et pourquoi la présidente de la Commission Charbonneau, qui ne pouvait pas ne pas connaître les liens de Me Lussier avec Osler, Hoskin & Harcourt et le Plan Nord, l’a tout de même embauché comme procureur en chef ! Serait-ce trop lui demander qu’elle nous explique ce qui a déterminé son choix ?

 

P.S. Depuis que les médias ont mentionné l’implication de Me Lussier dans le cas d’Asphalte Desjardins, la firme Osler, Hoskin & Harcourt a fait disparaître de son site toute mention à Me Lussier, de même que ce qu’elle réalise et compte réaliser par-devers le Plan Nord. J’ai en main les pages consacrées à Me Lussier et au Plan Nord, et je me ferai un plaisir de les faire parvenir à qui m’en fera la demande.

 

Victor-Lévy Beaulieu
écrivain

 

Publié dans Glanures

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article