Méditaphe

Publié le par la freniere

gilbert_lecture.jpg

Peu pour tracer un signe clair
pas assez pour l'effacer
Une voix sans voix
une voix de soif
blessure-fontaine
gouffre-limite
infini sans pitié
perte à l'état net
violent feu glacier
de plus en plus loin dans l'intense
en douleur en métal
et tordu par le vaillance
de la pire absence
sans pouvoir crier dans un souffrir total
comme un baiser d'enfer
enfanté par des lames…
d'être à vif jusqu'ici
passé qui brûle!
sourde entente échos mordus
là où le comment sans défense
coule et croule sous des milliers
de petites aiguilles qu'on dirait
savantes et de plus en plus accablantes
là c'est bien là que le dur flanc
élève sons mur le plus tranchant
des instincts se conjuguent
pour un intro pur
ô grande masure à l'échelle du désir!
ô nature! ô luances!
ô ténacité de l'existence!
ah! mais rompre tout soudain
dans l'interne temps nul
pour une rengaine sous lèvres sereines
douce enseigne aux yeux de pluie
mais tout se désajuste entre les circuits
les moindres nids se néantisent
en allant fuir vers le non-dit
nous courons à la mort de l'éclos
dans le champ du prochain mot
puis c'est le règne de la tache
qui masque chaque seconde
défilé de cendres hécatombe de silences
passé-poison mémoire-sans-pardon
et les interdits focaillent
dans le vanitarium marie diesel
campari didier le davidien
et ça langue ainsi dansent
les papilles de la Sainte-Vehme
le vent vient d'ailleurs de se faire
une gondole avec le dos de son lit
et le vent gonfle du mauvais œil
pourtant ça roule pêle-mêle
au fond de la nuit
pas si longue mais bien remplie
de n'importe quoi de n'importe qui
à vue d'oiseau les angles se détendent
et l'amour clapote en son hamac angélique
éclisses de musemer
accueillants débris
dépit de désirure à la dévisse
eh ça feuillette un si joli feuillage
caché sous tant de linceuls gris
qu'on y croirait voir pleuvoir
des ombres de toutes les teintes
ça ne veut pas mais ça y est
ça s'effrange effectivement
flèches pendules
aux allures mourantes
et ça succombe vite
au feu de l'éphémère
passage tourbillon détour
évanescente fenêtre…
Nettoyer les cerveaux à quel prix?
Celui du risque ou celui de la protection civile?

 

Gilbert Langevin
10 septembre 1994 HND

(dernier texte  écrit quelques heures avant sa mort)

Publié dans Poésie du monde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article