Mes camarades plantes

Publié le par la freniere

 

 

Je voyage avec l’eau. Je brûle avec le feu. Je souffle avec le vent. Mes camarades plantes et mes amis cailloux accompagnent ma voix. Je suis complice du lierre, de l’ortie, de l’érable. Je suis le compagnon du sable et de la neige. J’accompagne la pomme quand elle gonfle sa chair. Chaque phrase est une fleur qui s’étire, une source qui bruit, un oiseau qui s’envole, une plante qui se dresse, une pierre qui roule.  Innocent de village, je parle avec le bois dont sont faits les feuillages. Je susurre la vie à l’oreille fine de l’air. J’écris dans la blessure de l’homme. Au milieu de tant de morts, je ne veux que parler de vivant à vivant, pour les debout, les seuls, les entêtés de l’amour, les ramancheurs de rêve, les semeurs de bonté, les réclameurs de feu dans la froidure du temps. Je dors en chien de fusil sur les champs de bataille. Je dors en feu de bois au milieu de la neige. Je m’éveille en parole au milieu du silence.

Les phrases nous égarent pour mieux nous retrouver. La remontée du temps ramène la lumière sur les pépites du sens. La vie montre ses veines sur les bras d’une phrase.  À modeler des images, la langue lèche l’invisible. Je ne suis pas parti et je reviens déjà. Je ne suis pas des vôtres, commerçants de la mort, vos dieux distribués dans des gestes d’argent, vos bombes cotées en Bourse, vos prières à crédit, vos marchés de dupes, vos marche ou crève. Je ne pourrais pas vivre avec des mains mortes, un cœur en porcelaine, des trente sous dans les yeux, des secondes rassies dans le sachet du temps. Je suis avec la fraise qui saigne sous la dent, le vent qui pleure dans mon cou, la pluie qui lave le passé. J’ai trouvé dans les livres la source des fougères, les eaux calmes des yeux, l’ouragan des colères. J’ai trouvé dans l’enfance des pas pour le présent, des mains pour l’avenir. Je suis venu pour servir la rosée, caresser les chevaux, boire de plante en plante le chemin de la sève, voir plus loin que loin dans une simple brindille.

Si présent dans mes rêves, je me lève au matin sans pouvoir être là. Je me cherche partout. Je cherche les manchons de la charrue de vivre. Le vent n’efface pas ce qu’écrit la poussière. La poudre des paroles s’incruste sur la peau. Ce qui se meurt en moi doit sûrement vivre ailleurs. On veut des équations, des histoires, des sentences, des excuses. Je ne veux qu’une parole simple. Je ne veux pas d’une vie comptée par les marchands. Devant ce monde aveugle, je me ferme les yeux pour regarder devant. L’échelle de mes mots cherche un appui dans l’air. Je flotte comme une eau sur ce qui n’est pas dit. Tout un peuple de mots brise l’enveloppe du silence. Je vais de l’un à l’autre sans vraiment les connaître. Dans la maison des saisons, le temps claque la porte. Le ciel se couche au ras du sol. Je joue avec les arbres, ces animaux de sève aux jappements de feuilles. Je suis resté la boue, la bouse, la rivière. J’avance en verbivore dans l’herbe du poème. Par-delà ses ossements, il m’arrive encore de parler à mon loup. Au détour d’un mot, ma main se pose sur ses poils perdus.


Publié dans Prose

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valerie 15/11/2010 21:22



"Je me cherche partout"


En voilà une phrase minuscule, inoubliable et qui en dit tant!


Et qui relie les êtres.


Je me cherche partout, c'est ravissant.


Val qui rit


Je n'utiliserai pas vos textes mais tâcherai d'en garder de leur âme et me permets de mettre votre lien sur facebook, ce truc presqu'indécent.


Cordialement,


 



valerie 15/11/2010 21:15



Je me souviens avoir déjà promené mes yeux sur votre blog et ils en avaient attrapé de nouvelles lueurs.


Je reviendrai quand ils chercheront la lumière.


ça leur arrive assez souvent à vrai dire.


Mes oreilles se sont élargies. Que ceci reste un secret!


Beau succès à vos textes!