Mesclun à la niçoise

Publié le par la freniere

 

J’ai tout risqué pour ça, avec les zones d’ombres, les petits nuages noirs comme des phylactères au dessus de la tête.
La tentation est grande de dramatiser un tout venant quotidien, dans l’illusion de l’élévation, en utilisant les mots pour ne dire jamais que trois fois rien.
La tentation est grande de laisser glisser quelques métaphores mystérieuses, histoire de flatter le coté sourcier, du découvreur.

Ainsi je me sens coupable et capable d’évoquer un églantier, sans me préoccuper de savoir à quoi peut ressemble un églantier, imaginer qu’il s’agit probablement d’un arbre me satisfait.
Si la sonorité du mot est ronde ou coupante selon le désir, l’imaginaire est convoité.
On peut, pour masquer, utiliser un tracé de pastel blanc au terreau de la nuit, faire trembler des landes sous une clarté lunaire qui pourrait être humide, et pourquoi pas ?
Alors que dire, si, quand je bivouaque au versant Sud, j’évite encore l’écœurante banalité d’une débauche d’enfant triste ?
L’écriture serait un tissu de connivences, vers les passagers du mal être, vers les outillés de verbes et de lectures. Les autres seront des supporters de foot ? des ouvriers  d’usines ?

Nous pourrions aller dépaver une rue vers le temps des cerises, mais ce serait pour reconstruire un mur et toujours plus solide.

Au moment clair du battement de cœur, c’est la froidure ou le soleil, un lit de paille sur la mer, un passe droit ailé pour aller voir où tu habites, avec le désir nu des amants dérivants.
Etre mal, mais braquer quelques fois des bonheurs même sous la dernière pluie ou sur le coin de nappe où traînent des miettes.
A visiter les mots, finalement on meurt, je convoque l’enfance, j’ai rêvé de ma mère, j’ai trouvé l’alibi sous le retour du froid.

 

Robert Cuffi


Publié dans Poésie du monde

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