Minimum vital bourgeois (Belgique)

Publié le par la freniere

 

Ce n’est pas la vérité que je cherche aujourd’hui,

Pas de prêcheur nazaréen qui me confisque ma mort,

Pas de médecin viennois enseignant l’éloquence à mon pénis,

Pas de philosophe trévire avec ma procuration à la banque.

 

Ce n’est pas la bonté que je cherche aujourd’hui,

Pas de Gandhi, maigre et chauve, des mots jusqu’aux os,

Et pas de Thérèse de Lisieux. (Elle disait quoi encore cette

            Petite ?

«Durement il me faut Vous sentir, sinon c’est le chaos,

Durement à en mourir, sinon je n’ai pas de paix.»)

 

Pas la bonté, non, bon dieu, je sais ce qu’est la bonté.

La bonté est un lit nauséabond, une voix de fillette

De soixante ans, un tampon de viande glaireux

Sur des coussins de formol, une patte de souris tremblotante

Dont j’ai mangé, et je ne m’en remets pas.

 

Aujourd’hui, ce n’est pas la beauté que je cherche.

La beauté est là lorsque j’ouvre les mains

Dans l’ivoire de mon accord préféré, sept doigts,

Un La, une tierce mineure, des nocturnes de Chopin,

Ce poitrinaire avec son Pleyel à Nohant.

 

Non, le vrai et le bien et le beau sont aujourd’hui

Des gagne-pain pour ingénieurs, thérapeutes et artistes.

Mais moi je suis poète,

Et sur mon humble chaise, avec ma fierté artisanale

Je cherche une manière sérieuse, correcte et élégante

De tenter ici, aujourd’hui, en ce temps-ci, de survivre.

 

Léonard Nolens

Traduit du néerlandais par Danielle Losman


Publié dans Poésie du monde

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