Mon coeur est un doigt tendu

Publié le par la freniere

Chaque fois que je redonne corps à ta présence, je réinvente en même temps la charge d’émotions inséparable à l’image que je conserve de toi.  Et, je suis contraint de réconcilier le temps en une seule histoire. Parce qu’ici, le temps est claustrophobe. Il se répète dans l’étouffement qui le caractérise. Il pioche dans l’espace l’abandon qu’il réitère après chaque rupture. 

 

Je ne veux pas faire l’économie du gaspillage. Je ne veux pas voir les traits abstraits des intervalles qui sucent la vie pour l’amener à la nuit noire. Je veux donner à l’espoir toute l’abondance des siècles de chimères. Tu seras la nymphe farouche dans ma maison sans chemin. Tu seras le fleuve déclôturé qui rejoint la mer, l’eau qui remonte dans le ciel, et la pluie qui retourne à la terre. Et, je ferai pousser du blé dans la bouche de mes rêves.  

 

Mon cœur est un doigt tendu. Il te désigne.

 

Je n’occupe plus l’espace illimité de nos cachettes. Je suis perché sur la branche au-dessus du puits, ton épaule contre moi. L’air qui me transbahute jusqu’à toi est chargé d’ignorance. Nous n’avons rien à faire ici ou là-bas. Maintenant, nous pouvons nous absenter car nos landes sont livrées au feu qui nettoie le ciel de tous les vertiges.   

 

Je ne sais plus ce que veut dire être libre. La liberté n’a de sens que pour mon désir. L’histoire que ma vie transporte n’est pas tout à fait la mienne. Elle ne m’appartient pas, elle est volatile. Au fond, se sentir libre, c’est ne pas enrayer les lois primaires de la sélection naturelle et du hasard. Chaque mutation qui se produit en moi est le fruit de conjonctures qui me dépassent. J’évolue toujours dans une situation de survie. J’ai néanmoins toujours cette cellule mono abrasive à l’intérieur de mon sang. Je suis un héritage. Je suis un élément du processus grégaire de la vie. Je ne fais que me défendre, je ne fais qu’oser. Mon existence est un morceau de ciel dans une cour mal entretenue. Mille hivers font mes rides et mille printemps fécondent mon espoir. Je suis le cri d’une douleur qui rêve.  

 

Bruno Odile

Publié dans Poésie du monde

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