Mon pays

Publié le par la freniere

Je vous viens d’un pays en dedans des souffrances
Où je dois me créer grâce à mes créatures ;
J’y possède depuis mon premier souvenir
Un cheval immobile qui mâche de biais
Son trèfle et j’y possède ce trèfle qui lui tire
En gamin sur les dents pour être enfin mangé.

Dans ce pays en dedans des souffrances,

Le chuchotis du Temps n’alourdit plus les branches,

Les mots tombent de moi, sans poids, plus nuls qu’un songe

Où jamais ne s’émut que le remous d’une ombre ;

Trop imagés de mort pour n’être pas présages,

Mes héros délivrés m’ont laissé leurs blessures.

 

Dans ce pays en dedans des souffrances,

Voici ma joie, oui, joie, - semblable à ma torture :

J’y murmure très seul des silences plus ténus

Que moi-même ou parfois, triste plaisir trop pur,

Au paradis de l’art d’où nul ne revient plus,

Je poursuis sans nul but l’aventure des nues.

 

Seuls les jeux des oiseaux, des ruisseaux, des herbages,

M’aident lorsque je veux descendre en votre sang

Pour céder tous mes cris à l’amour des vivants,

(Oh ! pleurs, détruirez-vous d’eux à moi la distance ?)

A l’amour des passants, moi qui suis de passage

Et qui ne prétends plus qu’à mon trop haut tourment.

 

Et lorsqu’au sol enfin j’accède en égaré,

J’y suis contrebandier d’indicibles souffrances

En me cachant de tous je les porte au marché,

Contre elles dans un coin je demande en silence

De ce vin qu’il me faut pour ne pas trop pleurer,

Mais je n’insiste pas, je suis contrebandier.

 

Armand Robin

Publié dans Poésie du monde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article