Monsieur le Président

Publié le par la freniere

 

J’aurais tant aimé, Monsieur le Président, que vous soyez le proche de tous les Français, de ceux qui, drapeau et cœur à la main, au temps des dimanches fériés, couraient les défilés pour vous voir passer.

Je ne vais plus aux défilés, je bois des matins tristes et froids, je revisite l’hiver.


Chaque jour je mesure la distance qui nous sépare.


Je suis homme du petit peuple. Les miens ont froid et se nourrissent aux rayons premiers prix. Les miens cherchent un travail que le libéralisme déporte si loin de chez nous que nous habitons la peur des lendemains. Chaque jour je mesure la distance.


Entre la France de Léon Blum et la vôtre, il y a cette frontière dressée entre l’altruisme et le libéralisme, entre la fraternité, le droit, et le crime économique.


Chez nous on s’accroche au travail, comme le chercheur d’or à un filon, on résiste, on marche, on crève jusqu’au suicide. Les temps ont changé, le capitalisme à visage humain, celui de mon père, est mort. Ils ont inventé le cynisme économique. Sous votre règne, le loto est devenu l’Amérique du nouveau pauvre, l’ersatz du dernier espoir. L’avenir est devenu un mirage. Vous érigez un droit des puissants qui nie le droit des travailleurs. La haute finance est devenue Raison d’État. Vous asservissez votre peuple. De chez vous, là-haut, vous orchestrez la déréglementation. La France du Capital Carnassier est celle que vous aimez, alors qu’il conviendrait d’aimer les Français (tous).


J’en conviens Monsieur Le Président, ce n’est pas de votre faute. On ne peut que peu de choses contre l’éducation, il est peut-être trop tard pour vous mais, de grâce, cessez de tuer l’école ! C’est là que se formaient l’intelligence, le sens du respect, le patriotisme citoyen, et le culte de la morale ; ce n’était pas sur les stades!


Monsieur Le Président, je vous en conjure, cessez d’aider les affairistes, les spéculateurs en Bourse et les opportunistes de tous genres. Cessez de demander aux travailleurs d’en faire plus et plus alors même que votre doctrine économique les prive du droit au travail ; cessez de les soumettre. Cessez d’aligner les salaires sur les seuils de la misère, de demander aux travailleurs de ne plus être rémunérés pour le travail accompli car, l’incivisme libéral achète en Chine. Cessez de saigner les petits. Nous savons bien que la France reste un pays riche, son PIB en témoigne. Vous savez bien que la France ne souffre pas d’une simple mauvaise répartition des richesses mais de leur captation par la minorité que vous cautionnez. Soyez humble Monsieur le Président quand certains de ceux que vous administrez meurent de faim. Cessez d’être un contre-exemple, d’exhiber des montres qui coûtent des années de salaire ! J’aurais tant aimé, Monsieur Le Président, que vous soyez proche des miens et de ceux qui affrontent l’hiver en fouillant les poubelles.


Sans être moraliste je crois, Monsieur Le Président, que dépouiller les plus faibles est un crime. Fermer une usine et jeter à la rue ceux qui l’ont fait prospérer, pour aller exploiter ailleurs d’autres travailleurs, est une atrocité coupable. Mais condamne-t-on pour ces crimes économiques ? Non ! Chez nous 10 000 foyers précarisés font un Capitaine d’industrie. Chez nous, on spolie les petites gens de leur droit à la santé, leur droit à l’égalité, à l’éducation et aux projets d’avenir.


Chez nous, Monsieur, il n’y a pas de fils de… chez nous les gens "d’en bas", l’idéal est maigre : survivre est un programme.


Est-ce la guerre ? Oui, c’est une guerre induite, sournoise, une guerre économique que vous livrez pour les vôtres, ceux du Medef et des gens "d’en haut". Combien d’hommes dépouillés de leur futur dans un seul bouclier fiscal, dans un salaire de PDG, dans un parachute doré, dans un licenciement boursier ?


Pourtant les Français, nos pères, depuis des générations, se sont battus, sont morts et ont travaillé pour l’avenir de leurs enfants, de leurs petits-enfants et pour un Futur Meilleur.


Pourtant les Français, nos pères, depuis des générations, dans ce pays, ont payé les structures dont vous nous spoliez ! Vous orchestrez la privatisation de leur richesse. Vous incluez la santé dans un projet de rentabilité mais si les soins ont un coût, la vie n’a pas de prix, chaque jour le démantèlement tue. Chaque jour votre nouvelle économie jette à la rue nos concitoyens.


La Poste, l’eau, l’électricité, le gaz, la TV, bientôt l’enseignement, la santé… pour ces coups portés, vos amis vous aiment ! Mais nous aussi, nous vous aimerions, et même à moindre coût, Monsieur le Président ! Nous vous aimerions pour une simple augmentation du SMIC, des retraites, des remboursements de soins…

Mais pourquoi donc suis-je si bête ?


La richesse captée par le nouveau capitalisme doit être exonérée !


De subventions en pillages, la spéculation fait des royaumes. Le travail est devenu une valeur de sous-développé. La haute finance et le monopoly boursier jouent la mondialisation. Le libéralisme est un mécanisme cynique qui fabrique des armes et prétend prôner la paix, c’est une machine à asservir l’homme mais qui prétend servir l’humanité. Le libéralisme n’a pas de loi, pas de patrie, il est citoyen des paradis fiscaux.


Je suis triste Monsieur le Président, la distance entre la France fraternelle de mes parents, celle dont j’ai rêvé et le capitalisme cannibale que vous gérez, sépare les droits du peuple laborieux de ceux des spéculateurs, bâtit un univers où le droit de vivre digne ploie sous l’inquiétude du devenir. Quand les lois du marché portent atteinte aux peuples et ne profitent qu’à des minorités, elles sont iniques. Aujourd’hui, vous faites de nous des immigrés de l’intérieur, des exclus en devenir.


Je vous en conjure, Monsieur le Président, la gouvernance n’est pas marketing, vous êtes Président de tous les français. Les sondages donnent le pouvoir de dire ce qui plaira, mais endormir n’est pas soigner !

L’homme a valeur par son état d’homme, par sa capacité à faire de son mieux, et non pas par sa capacité à spéculer et à exploiter (écraser) son prochain.


Monsieur le Président, je ne vais plus au défilé, je bois des matins tristes et froids avec les miens et beaucoup d'autres. J’aurais tant aimé, Monsieur le Président, que vous soyez le proche de tous les français qui, les dimanches fériés, couraient les défilés pour vous voir passer, drapeau et cœur à la main.

Je ne vais plus aux défilés, je bois des matins tristes et froids, je revisite l’hiver.


Jean-Michel Sananès



Publié dans Jean-Michel Sananès

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