Naître et mourir

Publié le par la freniere

 

un ami me l’a dit je l’ai lu dans le journal

c’est donc vrai             ce petit bois près de Farnham

la source graillonneuse la clairière de septembre

les foins en rouelles la faneuse rouillée

et ton ombre si légère pendue sous la lune

 

je ne demande pas pourquoi je ne demande rien

chacun tombe soudain comme un vent hors d’haleine

si tu m’avais appelé si tu m’avais écrit

j’aurais pris sur moi ta chance perdue

j’aurais pris le temps de vivre comme tu n’as pas vécu

 

mais tu ne pouvais plus percer ta détresse

on a sa fierté on ne se jette pas contre les portes comme un mendiant

on a sa pauvreté sa peau à porter on y reste

que veut-il celui-là son pain de tendresse les miettes d’amitié

il apporte l’espoir mais il oublie la justice

 

je t’aurais parlé d’une patrie à partager comme une eau froide

après la fonte des neiges après la patience de se taire

je t’aurais montré ton visage tes années au front des rues mouillées

j’aurais mis ta main sur la mousse des humains si douce à la terre

j’aurais gagné un jour              l’espace de naître à nouveau

et de mourir                peut-être

 

Jacques Brault

Publié dans Poésie du monde

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