Nécessaire

Publié le par la freniere

Le ciel tartine de bleu sa journée. Bleu béatement ouvert, muet, vide. Bleu de coulure sur le mur de l'été. Bleu niais de paupière fardée. Bleu fade, virtuel, qui ne pose aucune question. N'imagine aucune réponse. Dans mon agitation à me vouloir vivante, je me sens punie, exclue de la carte postale idyllique délicieusement lénifiante. Une voix sublimement niaise débite son disque de routine : "le n° que vous avez demandé n'a pas été attribué". La vie oblitérée caquette dans un poulailler d'où me parviennent des éclaboussures d'azur couvé aux lampes artificielles. On y va et vient certain de son bon choix, de son bon droit, de son bon heur. Je résiste. Je ne sais pas pourquoi, une vieille habitude sans doute. Je résiste et reste sur le quai d'une gare presque déserte que je ne connais pas. Je pressens l'exigence d'une qualité de voyage. D'une qualité d'été, d'une qualité de bleu, d'une qualité de tout. Le centre vacille un peu, se perd. Aucune grille ne balise le ciel. La distance projetée ajoute un flou. Absurdes conjectures, la lutte entre les unes et autres choses est terrible. L'expectative installe son immobilisme momentané, tentative inconfortable mais nécessaire pour ne pas finir comme une carte de vacances, rangée dans le fond d'un tiroir.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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