Nicolas de Stael (Algérie)

Publié le par la freniere

 

Vous êtes mort, je ne sais rien de la mort des hommes, 
rien de la goutte d’eau qui renverse la figure et la dilue en Dieu. 
 
Dieu lui-même qu’est-il, le néant ou la roche ? 
la structure de l’ombre, le suprême reproche,  
et peut-être à peine notre interrogation ? 
 
Dieu n’est-ce pas la voix de ma mère qui tremble 
quand le dernier arbre rassemble 
ses fruits, 
quand la misère souterraine 
délie le dernier bout de laine 
et tout de go nous sommes nus ? 
 
Tout de go il fait nuit 
et sur nos cœurs les gens dans la détresse 
abandonnent leurs graffiti. 
 
Vous êtes mort, Nicolas de Staël, 
et je ne connais rien de la mort des hommes ! 
 
Sur la toile le rouge et le noir répercutent 
l’armature des ténèbres 
un lit où l’appétit funèbre 
du jour 
tourne, tourne à nous rompre les vertèbres ! 
 
Le soleil sur la peau des gisants se retire… 
Nicolas de Staël, vous aimiez tant que cela la vie ? 
tant que cela pour la briser 
sans même un cri ? 
 
Ceux qui se tuent se tuent dans le silence 
comme un petit enfant qui fronce les paupières 
et s’en va. 
 
Les uns sont des oiseaux de roche, 
les autres, oh nul ne les approche 
dans le grand espace alarmés ! 
 
Nicolas de Staël, le jaune vous avait-il lâché ? 
 
Un rien suffit, un rien quand la couleur s’insurge, 
on dit «adieu, adieu  Panurge » 
et l’on remonte au premier signe écrit. 
 
Mais dans le cœur, dans le cœur, qui connaît les dimensions de la Merci ?

 

Jean Sénac 


 

Publié dans Poésie du monde

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