Odile Caradec

Publié le par la freniere

Née à Brest en 1925, Odile Caradec a passé son enfance à Camaret, où elle a côtoyé Saint-Pol-Roux. Elle a quitté sa Bretagne pour devenir documentaliste pendant de longues années au lycée Camille-Guérin de Poitiers. Elle est également violoncelliste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" La poésie n’aime guère les bigots de la langue. Elle leur échappe et ne se donne qu’aux femmes et aux hommes libres. Libre Odile Caradec, l’est avec elle-même, avec l’écriture. Elle se peint en “ follette / non poétesse ”, elle est “ un cœur en déraison ”. Qu’on ne compte pas sur elle pour tempérer ses “ ardeurs pétulantes ”. Elle a “ le troisième âge phosphorescent ”. Elle se revendique “ septuadolescente, septuaturbulente ”. Pour elle les poèmes doivent être “flammes, tourbillons, explosifs ”. Pour “donner clarté au poème ” il faut “y mettre feu ”. Il s’agit de transmettre “une nudité, une intensité, une célérité ”. Ils tourbillonnent, comme la vie, bondissent, ont des trajectoires imprévisibles. "

Christian Bulting extrait Gare maritime 2003

 


Bibliographie


Masses tourbillonnantes, illustrations de Pierre de Chevilly, éd. Océanes, 2007
Chats, dames, étincelles, bilingue français-allemand, illustrations Claudine Goux, éditions en Forêt, 2005
Cymbales lointaines, éditinter, 2003
Silence, volubilis !, éditinter, 2002
Les Moines solaires, Éd. associatives Clapàs, 2002
De création en crémation, éditions L’Amateur, 2001
Chant d’ostéoporose, éditinter, 2000
Bretagne aux étoiles, La Porte, 2000
Vaches, automobiles, violoncelles, avec 32 illustrations couleur, édit. bilingue français-allemand ; traduit par édit.en Forêt, Rimbach, Allemagne.
Jusqu’à la garde, gravures sur bois Alfred Pohl, chez Thomas Reche, Passau, 1997
L’Âge Phosphorescent, Fondamente, 1996
Citron rouge, Le Dé Bleu, 1996, Prix Charles Vildrac de la SGDL, 1996
Santal et clavier pourpre, édit. de L’Arbre à Paroles, 1994
La Nuit, velours côtelé, Le Nadir, 1988
Les Barbes transparentes, Le Dé bleu, 1981
Reprise des vides, édit. Le Verbe et l’Empreinte, 1981
Le Tricorne d’eau douce, chez l’auteur, 1977
Le Collant intégral, édit.St Germain-des-Prés, 1975
À Vélo,immortels, éditions St Germain-des-Prés, 1974
L’Épitaphe évolutive d’un chauve, Fagne, 1972
Potirons sur le toit, Traces,1972
Nef lune, Traces, 1969

 

 


Cette nuit en conduisant cet étrange volatile
qu'on appelle une automobile
j'ai vu un âne fouiner dans un buisson de lune
et dévorer des fruits d'un rouge faramineux
Sa longue langue était au paradis des ânes
et ses papilles bienheureuses
(Ah! qui dira la joie d'une langue
dans le noir suc des mûres !)

Quant à moi, arrêtant mon fourgon malhabile
je vis ses grandes oreilles
ombres chinoises sur la lune
dorée à point en ce temps là
et j'entendis son grand coeur d'âne battre très fort cependant que le mien, tout petit mécanisme
horlogerie désuète, me semblait misérable
J'aurais voulu un coeur plein de piquants
pour dévorer choses et gens
et pour confrère, un chardon bleu
tendre nourriture des ânes

0 âne au clair de lune, au fond tu es mon frère!


*


Cinq heures du soir, c’est l’heure où le jour ferme ses portes
où plus rien ne peut arriver de tangible
On s’approche du mur, on tâtonne, les mains pâles 
on trépasse un peu, on s’enroule 
Cinq heures du soir, c’est l’heure où la douleur s’incruste 
le cœur pèse dix tonnes dans le corps translucide
Les pas sont des chaussons, les poings sont des moufles


*


Les poèmes sont des pigeons étouffés
Les poèmes sont des mains tremblantes issues de l’eau
Les gouttelettes des poèmes sont des torches marines
et j’ai plaisir à les faire rouler sur les chemins
incandescents des poèmes dénudés

Ils sont pleins d’air bleu
ils martyrisent ceux qui les utilisent
car ils s’insinuent dans la tourbe des âmes
et y perdurent
Les poèmes raclent un sol rouillé
ils illuminent et soulèvent la plante des pieds
ils ont une parenté profonde avec le gerbier des âmes
les sources les étiers
les belles notes noires
des instruments désaccordés. 


Odile Caradec

 


Publié dans Les marcheurs de rêve

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