Odorantes fleurs

Publié le par la freniere

En ce temps de l'année, alors que la vie se fait éjouissante - soleil, lumière, d'ocre, de jaune et d'or, j'aime bien relire quelques pages de WALDEN OU LA VIE DANS LES BOIS de Henry David Thoreau qui, vers 1830, s'est installé au bord d'un petit lac à Concord, en Nouvelle-Angleterre, pour y mener une vie axée sur la simplicité volontaire. WALDEN est son journal (plus de 20 tomes en langue américaine), mais dont une petite partie a été traduite en français.

Ces jours-ci, mon magnolia était en fleurs. Le magnolia est l'un des seuls arbres que je connaisse qui fleurit avant que les feuilles n'apparaissent. C'est de toute beauté. Aussi ai-je mis en pratique ceci, que Thoreau écrit dans son journal:

"Il y eut des heures où je ne me sentis pas en droit de sacrifier la fleur du moment présent à nul travail soit de tête, soit de mains. J'aime une large marge à ma vie. Quelques fois, par un matin d'été, ayant pris mon bain accoutumé, je restais assis sur mon seuil ensoleillé du lever du soleil à midi, perdu en rêve, au milieu des pins, des hickorys et des sumacs, au sein d'une solitude et d'une paix que rien ne troublait, pendant que les oiseaux chantaient à la ronde ou voletaient sans bruit à travers la maison, jusqu'à ce que le soleil se présentant à ma fenêtre de l'ouest, ou le bruit de quelque chariot de voyageur là-bas sur la grand-route, me rappelassent le temps écoulé. Je croissais en ces moments-là comme maïs dans la nuit, et nul travail des mains n'en eut égalé le prix. Je me rendais compte de ce que les Orientaux entendent par contemplation et le délaissement des travaux."

Dieu de tous les ciels que j'ai pris ainsi plaisir, à la Thoreau, de rester assis dans mon escalier, à contempler le magnolia en fleurs. Odorantes fleurs!

Je vous souhaite d'avoir le bon heur de pouvoir en faire autant. Quel bien ça fait d'oublier la pesanteur du monde dans ses faits d'hier, d'hiver et divers! Le recueillement de soi-même en soi-même, juste pour la beauté de la chose. La beauté! Comme le monde deviendrait plus simple si les assassins n'étaient pas aussi nombreux pour la mutiler - cruauté paranoïaque et suicidaire.

 

Victor-Lévy Beaulieu

Publié dans Glanures

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