Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Dresseur de chevaux Mohawk

Sa selle à présent : un réservoir d’oxygène, ses rênes : les tubulures

lui passant au travers de la poitrine et autour du cou.
Mon papa m’a perché sur mon premier cheval quand j’avais six ans,
me dit Phillipe. Sa voix s’élève comme anticipant
le galop enchevêtré de sabots qu’il entendrait
venir depuis une vallée en Idaho.
Pour retrouver ses souvenirs
son regard glisse de moi
vers le plafond.
Comment les dressez-vous ? Demandé-je.
Philippe rit. Il faut juste rester dessus.
Quand j’avais neuf ans je dressais des chevaux
avec des hommes qui en avaient vingt.
Puis ses yeux s’assombrissent—
des étoiles couvertes par une bande de nuages orageux—
alors que Philippe quitte ce passé
et s’en revient là où il est allongé maintenant. Il laisse échapper un soupir,
le même soupir épuisé
que les Pintos devaient pousser
sous son poids osseux.
A présent je souris devant ses bottes en peau de lézard
qui dépassent en dessous du lit d’hôpital,
indiquant, bien qu’handicapé, sa volonté indomptée.
Sûr que j’aime les chevaux, déclare-t-il,
et il ferme les yeux afin de rejoindre
le monde qu’il connaissait avant.

 

Marianne A. Broyles, cherokee

Traduction : Béatrice Machet

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