Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Cortès Cortès

 

Les armées de Cortès ont brûlé les codex et les parures de plumes, ont fondu l’or des temples, ont effacé les poèmes des anciens et cassé les chevilles des danseurs. Les armées de Cortès sont venues par la mer sur de grands vaisseaux de néant charriés par les vents toxiques de la concupiscence.

 

Les rats cupides de l’abjection ont infesté les berceaux des nouveaux-nés. Des soldats ont érigé la croix de la haine au cœur de la plaine herbeuse des bisons et aussitôt la plaine s’est couverte de glace. Ils ont aboli la compassion et ils ont imposé la mort cadastrée, compacte et sourde comme une boule de billard plombée.

 

Capitaine sanguinaire, tu as planté les trois couteaux du sacrifice dans la poitrine confiante de mes fils  : que le sang jaillisse sur ton âme, que les dieux coulent tes trois mâts et que trois enfers te dévorent avant que tu puisses connaître à nouveau la fraîcheur de l’eau que tu souilles. L’or te fascine jusqu’à la démence. Mais le coup mortel que tu crois m’asséner, ne sera jamais qu’un coup bas. Voilà ce que tu es Cortès, Cortès, un lâche parmi les charognards.

 

Les rêves m’ont usé ainsi qu’une statue attaquée par le temps. Dans le secret des temples envahis par les forêts pluvieuses et, au nord, dans la flamme vacillante des lampes de pierre, un chant vivant emplit l’air; entends-le couvrir le vacarme des moteurs et le grésillement des écrans chauffés à blanc. Ton glaive, enfoncé au cœur de ma terre, ne s’est pas enraciné. Il étend son ombre stérile sur les lieux du massacre tel un arbre mort que les insectes fuient.

 

Les soldats de Cortès ont enduit le corps des femmes et des enfants de graisse et de miel afin d’exciter la férocité des chiens lâchés sur eux. Les guérisseurs de Cortès ont répandu l’épidémie en frottant les plaies des blessés avec des chiffons empoisonnés.

 

Nous vivons sur un territoire réduit. Rien ne subsiste de l’enchantement. Nous sommes abandonnés à la solitude, immobiles au centre d’une constellation d’objets inutiles. Notre prière est un long rugissement.

 

Ta salive a brûlé trois jardins : celui des dieux, celui des hommes et celui où ils se rencontrent. Alors, par trois fois ton sang s’épuisera. La plaine des bisons reverdira. Ce monde est notre seule demeure et nous n’avons nulle part où aller.

 

Je peux tracer avec précision et pour dix mille ans la course du Soleil au-dessus de l’autel. Tes compas, tes sextants, ne savent rien du parcours sinueux du désir. Tous ceux qui viendront le sauront, tu n’auras été qu’un tortionnaire galonné, Cortès, Cortès, que le Pinochet d’une autre légende.

 

Depuis trop longtemps tu te crois l’égal des dieux, mais tu n’es qu’un homme malade de convoitise. Le jaguar tenant sa proie est plus riche que tu ne le seras jamais.

 

 

Michel X Côté

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J


Ce texte a été publié sur Le son des choses, un livre répertoriant l'oeuvre de Pierre Dumont dont j'ai pris connaissance quelques jours après son décès. Encore sous le choc, je
n'ai pas pris la peine de contacter l'auteur. Je ne voulais que rendre hommage à l'immense artiste qu'est Pierre Dumont avec un texte inspiré par son oeuvre.



M


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