Paul Éluard dit par Gérard Philippe

Publié le par la freniere

 

 

Le Boniment fantastique

Le délire n'assure plus sa publicité,
ni par police, ni par guerre,
ni par asiles, ni par ses grands
discours de l'homme malheureux

Laissez-nous rire
Laissez-nous rire

Et l'homme parle et sait parler
Il dit sa personne physique
Ses yeux sa bouche ses oreilles
Tout l'essentiel et le durable
On ne prêche plus on ne prêche
Plus le bonheur à quelques sous.

Laissez-nous rire
Laissez-nous rire

On ne prêche plus on ne prêche
Plus le bonheur à gros milliards
Il n'y a plus d'enfants coupables
Il n'y a plus de femmes impures
N'y a plus d'hommes qui ont faim
Et la bêtise n'a plus de langue

Laissez-nous rire
Laissez-nous rire

Il n'y a plus de petits Juifs
Pour brûler dans les crématoires
Plus de putains pour faire pitié
Plus de soldats pour se faire tuer
Plus de canailles pour s'engraisser
Et nul n'a besoin de mentir

Laissez-nous rire
Laissez-nous rire

Il n'y a plus rien à voler
Il n'y a plus rien à renier
N'y a plus de publicité
Il n'y a plus d'intellectuels
Il ne reste plus de manuels
Qui s'estiment ou bien se méprisent

Laissez-nous rire
Laissez-nous rire

Il n'y a plus de poches percées
Ni poches pleines à craquer
Le passé est un œuf cassé
L'avenir est un œuf couvé
Le présent c'est mon cœur mon cœur
Ton cœur mon cœur ton cœur mon cœur...

Paul Eluard 

Publié dans Poésie à écouter

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