Paul-Marie Lapointe

Publié le par la freniere

Paul-Marie Lapointe est à l'agonie. Atteint d'une dégénérescence virulente du cerveau. Il ne mange plus, ni ne parle, ni ne bouge seul. Il est d'une maigreur cadavérique. Sous oxygène depuis hier, il a été transféré ce matin à l'hôpital de fin de vie Mont-Sinaï.

Gaëtan Dostie a adressé, au nom de la famille, une demande de funérailles nationales qui se dérouleront à l'église St-Viateur d'Outremont.
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J’écris arbre

arbre d’orbe en cône et de sève en lumière

racines de la pluie et du beau temps terre animée

 

pins blancs      pins argentés   pins rouges et gris

pins durs à bois lourd pins à feuilles tordues

potirons et baliveaux

pins résineux   chétifs et des rochers  pins du lord

            pins aux tenders pores            pins roulés dans leur neige

            traversent les années   mats fiers voiles tendues

            sans remords et sans larmes   équipages armés

pins des calmes armoires et des maisons pauvres

bois de table et de lit

bois d’avirons de dormants et de pouters     portant le

            pain des homes dans tes paumes carrées

 

cèdres de l’est            thuyas et balais           cèdres blancs

            bras polis         cyprès jaunes              aiguilles couturiers

            emportées       genévriers cèdres rouges        cèdres

            bardeaux parfumeurs              coffres des fiançailles

            lambris des chaleurs

 

genévrier qui tient le plomb des alphabets

 

(…)

 

Nous sommes installés sous le tonnerre

fragile coquille d’abandon

dans la tendre chaleur du premier verre sur les fontaines

            d’automne

dans le grésillement du silence et de l’arbre

derrière l’écran du verglas

 

nous sommes installés sous le tonnerre

au coeur de la terre

dans la terreur arborescente des pics et des marteaux

dans le filet des sirens

prisonniers des heures et des armes

 

nous sommes installés sous le tonnerre

 

les compagnons sont effarés leurs poitrines blanchiront

paroles de chaux

 

leurs squelettes debout supportent l’hiver

 

le signe de la foudre marque les homes

                                                           au jour le jour

 

nous sommes installés sous le tonnerre

planète désolée

en dépit des fleuves et des caps

en dépit des forêts permanentes

 

les capitales piétinent leur peuple

 

Paul-Marie Lapointe

Publié dans Les marcheurs de rêve

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