Petit cousin

Publié le par la freniere

J’ai des montagnes de souvenirs de toi
petit cousin
de tes premiers pas
tes grimaces de citrons
la chasse aux vipères dans les rocailles

C’était tellement bon
ta minuscule main dans la mienne
quand tu découvrais la vie
alors que le mienne avait été ébréchée
prématurément
comme une vaisselle bon marché
dont on ne se soucie guère
Tu étais mes yeux d’enfance perdue

C’était tellement doux
ta frimousse rose face au faux père-noël
ta peur de l’orage
nos courses de petites voitures
ta joue tiède endormie sur mes genoux
les tours de magie
encore un dernier avant d’aller au lit

Et aujourd’hui te voilà devenu un homme
il y a nos drôles de timidités
après toutes ces années
à se retrouver si loin
changés en adultes
sans trop savoir comment
sans trop comprendre pourquoi
avancer en aveugle
remplir les blancs
combler les brèches

Mais c’est toujours aussi précieux
petit cousin
de voir briller tes yeux
de deviner qu’il reste toutes ces choses
qu’aucun mot ne saura expliquer
mais qu’on parvient
– sans doute –
à se dire
dans la bouche des silences

 

Marlène Tissot

Publié dans Poésie du monde

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