Poème pour un enfant au sujet de l'espérance

Publié le par la freniere

On pourrait poser le problème 
ainsi à la manière de Gramsci : 
 
Chaque gland peut penser 
qu’il deviendra un chêne 
Si les glands avaient 
une idéologie 
ce serait justement 
celle de se sentir 
enceints de chênes 
Mais dans la réalité 999 glands sur 1000 
servent de nourriture aux cochons 
et contribuent tout au plus 
à créer des saucisson 
et de la mortadelle 
 
Chaque mot peut penser 
qu’il deviendra une vérité 
Si les mots avaient une idéologie 
ce serait justement celle 
de se sentir 
enceints de vérité 
Mais dans la réalité 999 mots sur 1000 
servent de nourriture au mensonge 
et contribuent tout au plus 
à créer des discours 
et des prières 
dans les cimetières 
 
Chaque pierre peut penser 
qu’elle deviendra une cathédrale 
Si les pierres avaient une idéologie 
ce serait justement celle 
de se sentir 
enceintes d’une cathédrale 
Mais dans la réalité 999 pierres sur 1000 
servent de nourriture à la terre 
et contribuent tout au plus 
à créer des murs dans les champs 
et à faire des ronds dans l’eau 
 
Chaque morceau de bois peut penser 
qu’il deviendra une porte 
Si les morceaux de bois avaient une idéologie 
cela serait justement celle 
de se sentir 
enceints de portes 
Mais dans la réalité 999 morceaux de bois sur 1000 
servent de nourriture au feu 
et contribuent tout au plus 
à créer de la cendre ou à devenir 
des cure-dents 
après un repas de fête 
 
Chaque soulier peut penser 
qu’il deviendra un pont 
Si les souliers avaient une idéologie 
cela serait justement celle 
de se sentir 
enceints de ponts 
Mais dans la réalité 999 souliers sur 1000 
servent à laisser des empreintes 
et contribuent tout au plus 
à créer des chemins 
ou à devenir des trottoirs 
pour ne pas se mouiller les pieds 
 
Chaque marche peut penser 
qu’elle deviendra une libération 
Si les marches avaient une idéologie 
cela serait justement celle 
de se sentir 
enceintes de libérations 
Mais dans la réalité 999 marches sur 1000 
servent de poussière 
à la direction 
et contribuent tout au plus 
à s’arrêter ou à devenir 
des moyens d’aller d’un lieu immobile 
à un autre lieu immobile 
 
Chaque flaque d’eau immobile peut penser 
qu’elle deviendra le ciel 
qu’elle reflète 
Si les flaques 
avaient une idéologie 
cela serait justement 
celle de se sentir 
enceintes de ciels 
Mais dans la réalité 999 flaques sur 1000 
servent d’abreuvoir aux cochons 
et contribuent tout au plus 
à salir nos souliers 
ou à laisser flotter un morceau de bois 
qui se prend pour un mot 
ou pour une pierre 
que personne n’aurait jeté 
Etc.  
 
(Poème à compléter librement 
par celui qui le lit).

 

Serge Pey  
 

Publié dans Poésie du monde

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