Pour le chant des oiseaux

Publié le par la freniere

Le tumulte des feuilles est aimable à entendre. Si la mauvaise herbe étouffait les tondeuses, les oiseaux bâillonnaient les klaxons et les marteaux piqueurs se taisaient pour toujours, je serais plus heureux. J’avais pris l’habitude qu’un pic bois me réveille, que les grenouilles me sérénadent, que les fleurs poussent dans la nuit et déjeunent avec moi. Je préférais mon loup faisant la gueule aux commérages du coin. Mon cochon Arnold me servait d’éboueur et mes oies blanches de radio. Le coq, n’en parlons pas, il dormait jusqu’à midi et chantait vers quatre heures. À chaque pas, mes poches perdaient du sable, le sable du sommeil où poussent tant de rêves. Il faut des larmes pour faire un homme, des mots pour les sécher. J’ai du pleurer beaucoup à remplir tant de pages. Mes cahiers s’alignent sur le mur comme des planches de parole. Je dois sans cesse ouvrir des fenêtres au silence, des lucarnes à la vie, laisser passer le vent et ses odeurs de plantes, de terre et d’eau d’érable, me faire un nid dans les oreilles pour le chant des oiseaux. Je n’aime pas la ville aux rêves gris. Je suis venu voir les arbres. Je suis venu voir la vie, les bras levés, les deux pieds sur la terre, la poitrine et les épaules dilatées. Je suis venu voir les bêtes qui se tiennent cachées. Je suis venu voir les fleurs vivantes dans les corbeilles du sol. Je suis venu voir le jour et ses couleurs. Je suis venu voir la nuit avec ses ombres et ses fées bleues. Je suis venu pour les baisers du vent et les caresses du soleil. Je suis venu retrouver mes racines, être à moi par les yeux, les oreilles, les gestes. L’air chargé de pollen s’amuse des narines, les fleurs de leur ombre, les oiseaux de leur vol. La forêt m’entoure comme une mère nourricière. Le cœur de l’homme, ici, n’est jamais vide. Même le cerveau y trouve une grâce animale. Les idées sentent l’homme, sa sueur et sa chair. Les mots se mettent à vivre et courent devant moi. L’ombre est légère comme un pollen. Derrière chaque brin d’herbe se cache l’infini.

Publié dans Prose

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